Lost in translation

L’humour déjanté des Anglais n’a pas de limite.

Les Français et le français, thèmes favoris, reviennent régulièrement dans leurs médias.

Eddie Izzard qui parle  français comme en témoigne le document ci-dessous, s’est produit à l’Olympia en avril 2013.

Let’s stop behaving like the last representatives of a Gaulish village under siege,” a dit le Libération newspapier

Lost in Translation

If Anglais est allowé dans les rooms de classe, Français will becomez une “dead language”, pensent les grandes fromages. Sacré bleu!

Le newspaper français, Libération, a publishée son front page entirement en Anglais, pour l’édification de le gouvernment Socialiste de Monsieur Hollande. Maintenant, le law de France ne permits pas les universités à teach les lessons en Anglais. Les grandes fromages de la vie culturelle français think que if Anglais est allowé dans les rooms de classe, Français will becomez une “dead language” – mais, dit Libération, c’est un objection très silly. “Teaching in English: Let’s do it now”, il a dit. “Let’s stop behaving like the last representatives of a Gaulish village under siege.” Ici en Angleterre, sur l’autre main, nous should être envieux. Notres enfants et étudiants, suffisament good at parlering français pour understander une classe entire en la langue? Nous devrions bleedin’ coco.

Ce texte trouvé dans le Daily Telegraph de cette semaine a fait rire beaucoup de lecteurs francophiles.

Serions-nous toujours les ennemis héréditaire de ce peuple qui en fait nous adore?

Affaire Cahuzac: les raisons de la colère en direct

Homme politique de gauche, Gérard Filoche prend la parole au nom de la France d’en bas. Lui, qui après des études de philosophie et une carrière journalistique et d’écriture prospère met sa vie au service de la classe salariale dont il défend les droits depuis l’âge de 25 ans.

Coup de gueule de Gérard Filoche à l’antenne de LCP

 http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=qmuy85NC8Lo

Article publié dans l’Humanité le 4 avril 2013

L’affaire vue par l’Humanité

PORTRAIT. Les aveux de l’ex-ministre du Budget mettent fin à une carrière politique entamée sur le tard, parallèlement à la chirurgie esthétique.

Il y a six mois encore, il était pour la presse le « moine-soldat de la rigueur ». À soixante ans, Jérôme Cahuzac portait beau, jonglait avec les chiffres, impressionnait par son talent d’orateur et sa mémoire. Son socialisme était, proximité passée avec Dominique Strauss-Kahn oblige, mâtiné de libéralisme. En 1998, remettant un rapport préconisant les fonds de pension à la française, il prenait soin au préalable de dire que « seules les retraites par répartition peuvent garantir un revenu à chacun ». De cette dualité, il est facile aujourd’hui de tirer profit pour la plaquer sur le double visage de Janus que l’ex-ministre offre en pâture.

Laboratoires pharmaceutiques

En 1988, le jeune chef de clinique met entre parenthèses une carrière hospitalière pour entrer au cabinet de Claude Évin. Il y fut chargé de suivre la politique du médicament (les prix étaient alors fixés par le ministère), et cette proximité au quotidien avec les laboratoires pharmaceutiques alimente aujourd’hui le soupçon que des commissions auraient alimenté les fameux comptes suisses. Quand bien même l’époque garde trace de luttes contre les lobbies pharmaceutiques, les cigarettiers et autres viticulteurs, lors du vote de la loi contre l’alcoolisme et le tabagisme.

L’homme, chantre de l’hôpital public, le délaisse à l’issue de sa première expérience ministérielle, mettant sur le compte de son image de rocardien le fait de ne pas se voir proposer ensuite de poste à la hauteur. C’est vers le privé qu’il se tourne, non dans la spécialité de chirurgie thoracique pour laquelle il avait été formé, mais dans la chirurgie esthétique, plus lucrative. « J’ai bien gagné ma vie, je n’ai pas honte », confie-t-il, déclarant par ailleurs être « né dans la bourgeoisie du savoir, pas de l’avoir ». Avec sa femme, il créera une clinique réputée à Paris pour les implants capillaires. En parallèle, il fait fructifier le carnet d’adresses constitué lors de son passage au cabinet Évin, et lance une activité de conseil aux laboratoires pharmaceutiques, qui sera tout juste mise en sommeil lorsqu’il accédera à Bercy. « J’aurais dû la dissoudre, je n’ai pas eu le temps », se défend-il mollement dans le Nouvel Observateur, la semaine passée.

Féroces maximes

La politique, lui dont les parents, résistants, étaient amis de Pierre Mendès France et de Jean-Pierre Vernant, il n’y songera à nouveau qu’en 1997, lorsqu’il est parachuté à Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne) et qu’il enlève circonscription puis mairie à un adversaire de droite qu’il retrouvera bien plus tard dans « l’affaire », l’avocat Michel Gonelle. Défaite en 2002, puis victoire en 2007, et la vice-présidence du groupe socialiste à l’Assemblée nationale dans la foulée, avant de ravir la prestigieuse commission des Finances au candidat choisi par le parti. Le monsieur fiscalité de la campagne de 2012 fut ensuite récompensé par le portefeuille du Budget, à charge pour lui d’appliquer la rigueur, de lever les impôts. Voire de défendre plus par loyauté que conviction la taxe à 75 % sur les hauts revenus, dont il fut sans doute le dernier averti. Au mensuel Enjeux-les Échos, il confiait en septembre son admiration pour l’œuvre majeure de Vassili Grossman, fresque de l’URSS stalinienne, Vie et Destin. Qu’il rapproche d’une devise médicale, « Primum non nocere. D’abord ne pas nuire, quand on veut tenter de faire quelque chose. » Féroces maximes, lorsqu’il s’agit de les appliquer à soi-même.

Voir aussi cette excellente prise de bec entre deux élus qui pensent comprendre la crise et le role de l’Europe

J’accuse ! Le mythe de la France qui se repose sur ses lauriers

Tout à commencé par un conflit social au sein d’une entreprise comme ils s’en passent souvent.

Le pneu en crise depuis 2008 et Titan se dégonfle.

Les 1173 salariés de l’usine Goodyear Tyres à Amiens risquent d’être mis sur le carreau. Depuis 2008, l’usine ne veut plus  lutter contre la concurrence chinoise  qui fabrique des pneus beaucoup moins chers grâce à une main d’œuvre bon marché et à des matières premières probablement douteuses. Elle a donc décidé de limiter les pertes, ce qui signifie la fermeture de l’usine d’Amiens et le licenciement de tous ses employés. Les syndicats de l’entreprise  essaient de trouver un compromis avec le groupe Titan et son pédégé américain Maurice Taylor. Après plusieurs décisions judiciaires, un PSE (un plan de sauvegarde de l’emploi)  a été imposé afin d’éviter la fermeture  de l’usine, préservant ainsi, de manière temporaire les emplois dans une région déjà suffisamment sinistrée.  Monsieur Arnaud Montebourg, l’actuel ministre du Redressement Productif écrit le 31 janvier à Maurice Taylor, l’invitant à reconsidérer la décision du groupe Titan.

Insultes, provocation et mépris de décisions de justice souveraine?

La lettre du PDG, publiée par Les Echos et le Canard Enchaîne  fait autant polémique qu’elle évoque le mythe de la France dilettante et incompétente sur le marché mondial: mauvaise volonté au travail, main d’oeuvre trop payée, charges sociales disproportionnées pour les entreprises, dictature du syndicalisme y sont cités . Le fait est que les ouvriers ne travaillent bel et bien  que 3 heures par jour à l’usine d’Amiens, mais le veulent-ils vraiment?

Une lettre qui fait couler de l’encre. 

"Les salariés français touchent des salaires élevés mais ne travaillent que trois heures. Ils ont une heure pour leurs pauses et leur déjeuner, discutent pendant trois heures et travaillent trois heures."

Extrait de la lettre de Maurice Taylor:

"J’ai visité cette usine à plusieurs reprises. Les salariés français touchent des salaires élevés mais ne travaillent que trois heures. Ils ont une heure pour leurs pauses et leur déjeuner, discutent pendant trois heures et travaillent trois heures. Je l’ai dit en face aux syndicalistes français. Ils m’ont répondu que c’était comme ça en France ! Monsieur, votre lettre fait état de votre envie d’ouvrir des discussions avec Titan. Vous pensez que nous sommes si stupides que ça ? Titan possède l’argent et le savoir-faire pour produire des pneus. Qu’est-ce que possède le syndicat fou ? Il a le gouvernement français. Le fermier français veut des pneus à bon prix. Il se fiche de savoir si les pneus viennent de Chine ou d’Inde, et si ces pneus sont subventionnés. Titan va acheter un fabricant de pneus chinois ou indien, payer moins de 1 euro l’heure de salaire et exporter tous les pneus dont la France a besoin. Dans cinq ans, Michelin ne pourra plus produire de pneus en France. Vous pouvez garder les soi-disant ouvriers. Titan n’est pas intéressé par l’usine d’Amiens-Nord".

lettre de TitanpgExplication de ce jeu de mikado

Médiapart titre "Les Goodyear condamnés à errer dans leur usine" et explique les raisons derrière cette situation ubuesque.

Depuis 2008, date à laquelle Goodyear a décidé d’en finir avec l’usine d’Amiens, la justice française ne cesse de débouter les tentatives de licenciement et  de fermeture de l’usine, non convaincue du manque à gagner de l’entreprise dans le domaine des pneus agraires et l’activité tourisme. En fait, ce que demande la justice, c’est un repreneur pour l’activité agraire qui est potentiellement rentable.  La CGT a même offert de créer une SCOP.  Depuis le groupe fait tout pour faire perdre de l’argent au site d’Amiens et refuse toute négociation.

En fait, la situation économique de la société ne serait pas si catastrophique.

«Ce qui nous a permis depuis des décennies de continuer à exister, c’est que nous avons deux productions. Et quand l’une va mal, c’est l’autre qui permet de maintenir l’activité. Dans un site où il n’y a qu’une seule production, le jour où celle-ci va mal, le site ferme, et la justification pour fermer est bien plus facile» argumente un responsable français qui travaille pour l’entreprise. Or la stratégie de la direction américaine est bel et bien de scléroser les deux productions, ce qui faciliterait le dépôt de bilan.

"Les salariés de Goodyear-Amiens ne travaillent désormais plus que trois à quatre heures par jour, en moyenne. Alors dans les vestiaires, durant des heures, ils tuent le temps et l’angoisse, comme ils peuvent. Jeux de cartes, films, siestes ou promenades. En attendant un hypothétique retour des commandes" écrit Médiapart. Et les commandent n’arrivent plus et pour cause.

Poker menteur machiavélique

 Mauvaise foi et boycottage de la direction font que depuis plusieurs années le bras de fer entre ouvriers, syndicats, justice  d’un coté, et la direction Titan de l’autre n’a abouti qu’à un immobilisme plus machiavélique que ridicule.

Le courrier de Monsieur Taylor adressé  au Ministre en est la preuve. Le groupe préfère asphyxier le site moribond d’Amiens plutôt que de le rendre rentable ou encore de le céder à un repreneur intéressé ou à la SCOP proposée par la CGT. La preuve, selon Médiapart, est qu’en 2011, alors que Titan annonce qu’il jette l’éponge, et que son PDG, déclare dans un communiqué de presse : «Les travailleurs français sont bons dans ce qu’ils font quand ils travaillent, mais comme je l’ai dit aux syndicats, vous ne pouvez pas être payés 7 heures pour 3 heures de travail.» le groupe annoncera qu’il est toujours intéressé par le site, mais seulement par l’activité agraire. C’est évidemment un  coup de bluff.

Mots croisés: deux perceptions de la France.

Voici la réponse intégrale de Monsieur Montebourg. lettre-montebourg-taylor, qui n’a pas hésité à rappeler au citoyen américain qu’il avait  des droits en France mais aussi des devoirs.

1. "Vos propos aussi extrémistes qu’insultants témoignent d’une ignorance parfaite de ce qu’est notre pays»

2.«Puis-je vous rappeler que Titan (…) qui est 20 fois plus petite que Michelin, notre leader technologie français à rayonnement international, est 35 fois moins rentable ?"

3.«Soyez assuré de pouvoir compter sur moi pour faire surveiller par les services compétents du gouvernement français, avec un zèle redoublé, vos pneus d’importation»

 Une guerre idéologique entre plusieurs  conceptions du travail, de  l’entreprise, de la rentabilité, du profit vient d’être déclarée entre l’Europe latine et le monde anglo-américain. Montebourg met en garde Titan de la volonté politique et économique de l’Union Européenne à se solidariser et à lutter contre le dumping qu’il juge irréfléchi et nuisible .

Affaire à suivre…

Le mariage pour tous ! Et ça continue.

manifestation

ou encore !

mariage pour tous

Mais aussi

et

Mais aussi

et finalement

Conte de noël insolite dans un hôtel de glace, en Laponie suédoise!

ICEHOTEL, Jukkasj??rvi, konstkatalog 2012/2013.

Art Suite Blue Marine 2012/2013. Artistes: Andrew Winch et William Blomstrand

Il était une fois, un architecte et sa femme, tous deux passionnés par l’aventure de la vie et par la mer. Ils décidèrent d’offrir au monde un cadeau éphémère qui symboliserait leur combat pour le respect de la nature et de la vie marine.

Et c’est en Suède, qu’ils se retrouvèrent en décembre 2012. Pas à la recherche du père noël, ni en quête d’ aurores boréales mais à Jukkasjärvi pour y accomplir une mission bien particulière.

Jukkasjärvi est un petit village de Laponie suédoise au nord du cercle polaire. Chaque mois de novembre,  un chantier bien singulier y voit le jour  : un hôtel de glace qui disparaîtra au printemps, emporté par le dégel, sort des entrailles de la banquise, à coup de pioche et de tronçonneuse.

Pendant trois semaines, armés d’épais gants, un casque vissé sur le bonnet bordé de fourrure, ces sculpteurs-architectes de l’Arctique, taillent, ajustent et assemblent des centaines de blocs de glace aux reflets bleutés, qu’ils transformeront en merveilleuses chambres de glace.

Les suites, au nombre de seize, sont chacune une oeuvre d’art unique créée par ces artistes venus des quatre coins de la planète, sélectionnés sur concours parmi une centaine de candidats.

Fin décembre, la cuvée 2012/2013 de ces oeuvres éphémères est rendue publique ainsi que leurs créateurs de génie.  Parmi eux, Andrew Winch et William Blomstrand ont conçu et réalisé Art Suite Blue Marine.

Andrew Winch Designs

L’hôtel compte aussi 49 chambres standard plus sobres. En guise de lit, des blocs de glace sont recouverts de peaux de rennes, nous a raconté Jane.

Un sac de couchage est fourni par la réception aux clients, qui reçoivent une attestation prouvant qu’ils ont survécu à une nuit à -7 degrés. Les températures peuvent descendre jusqu’à moins quarante dehors, mais jamais sous – 8 à l’intérieur, la glace isolant.

La journée, on se  livre aux joies des randonnées en raquettes dans la neige, on fait de belles balades en traîneau à chiens tout en découvrant les forêts enneigées autour de Jukkasjarvi, on patine sur la rivière glacée.

Puis, dans cette nuit qui semble éternelle,  observer le ciel étoilé et le magnifique spectacle des aurores boréales avec leurs couleurs bleues et vertes est une tentation irrésistible.

Épuisés par le froid et la beauté  glacée des lieux, on  se retrouve le soir dans une chambre dotée d’un magnifique lit de glace sculptée . Là, à  la grande surprise de tous, on finit par s’endormir sur un confortable matelas en peau de renne, bien emmitouflés sous des couvertures de fourrures.

Le dégel et la fin de l’histoire.

Tristement, chaque histoire a sa fin sur cette planète !  Cinq mois plus tard, avec l’arrivée du printemps, quand les journées rallongent jusqu’au soleil de minuit, ces créations uniques disparaissent sous les caresses de la chaleur pour ne laisser qu’un souvenir lointain, immortalisé par de rares photographies et chérit par les heureux qui comme Ulysse ont voyagé au fond  de la nuit.

Résolutions !

En apprenant bien mes leçons,

En m’appliquant à mes devoirs,

Je sortirai des grand ‘s écoles,

Les poches pleines de diplômes,

Cheville enflée, tête farcie.

Serai-je un homme pour autant ?

Je n’aurai pas les souvenirs,

D’une sœur Anne en mironton,

D’oiseau de feu et d’oiseau lyre,

De neiges sur la tour prend garde,

Des saltimbanques de l’été

Les yeux brûlés par les étoiles

Des feux follets sur mille plages

Encore ouvertes à mes rêves.

Guy Morelle, poète et éternel.

Exception française, exception française, est-ce que j’ai une gueule d’exception française ?

 S’assurer que les mots et expressions que l’on utilise ont le même sens pour soi, que pour celui à qui l’on s’adresse est une précaution qui pourrait ultimement éviter une multitude de malentendus, voire de conflits inutiles. Or, il semblerait  évident que l’expérience de la vie au quotidien prouve que cela est virtuellement impossible.   En revanche, cette incapacité à donner au mot ou expression un sens universel a ça de bon qu’elle permet de ne pas supprimer les particularismes surtout quand on pense utiliser un mot d’origine étrangères dans sa propre langue.  

 

L’exposé qui suit est une illustration pratique de ce phénomène. SQP remercie Gay. pour avoir accepté de partager cette expérience avec nos lecteurs.

Ce n’est pas d’un  auteur, ni d’un compositeur, encore moins d’un roman ou  d’un film dont je voudrais vous parler, mais d’une expression  que de nombreux journalistes français utilisent souvent  sans en expliquer la signification, comme si elle allait de soi ou incarnait sa propre définition: “l’exception française”.

Francophile depuis des années, je l’ai entendue  pour la première fois  début 2012, lors une émission de Radio 4 diffusée par la BBC traitant des élections présidentielles françaises d’avril 2012.

Manifestation contre le mariage gay Paris le 13 janvier 2013

L’émission  s’intitulait tout bonnement “ l’exception française”, comme si l’expression coulait de source. Mais à quoi donc s’attendre ?  De quelle exception s’agissait-il ? Lacunes culturelles ? Expression fourre-tout ou  intertextualité pour politologues ? La question restait sans réponse. Allait-on nous parler de fromages?

Au fil de l’émission, épiant le moindre  indice, un semblant de définition, rien ne répondait aux attentes de l’auditeur dans le doute. On y évoquait seulement les raisons pour lesquelles M. Sarkozy allait perdre l’élection présidentielle ainsi que celles  pour lesquelles  les électeurs  non socialistes voteraient finalement  pour M. Hollande.   Jusque là, rien ne justifiait l’intitulé de l’émission.  L’expression avait-elle donc quelque chose à voir avec l’identité nationale face à la politique? Reflétait-elle  essentiellement l’image politique que les Français auraient d’eux-mêmes et qu’ils aimeraient inculquer au reste du monde.

Après quelques recherches sur l’attitude française vis-à-vis de la politique, la religion, la culture et l’éducation, afin d’assouvir ma curiosité, je décidai  de contacter des amis français pour en avoir le cœur net, et de tout simplement leur demander une explication. Saisissant l’occasion du séjour prévu par une de mes amis anglaise chez une connaissance de travail de son mari à Paris, elle m’assura qu’elle poserait la question à leur ami, retraité de l’OTAN.

A son retour, elle me donna un document, résultat de quelques heures de travail de cet ami, Monsieur P. dont en voilà le résumer.

“Tout d’abord il faut garder à l’esprit que depuis des siècles les Français pensent qu’ils sont un peuple à part, une exception en Europe et dans le monde.   Et de plus en France, chaque Français a d’ailleurs souvent un peu tendance à penser qu’il est une exception par rapport aux autres citoyens de son pays. Chaque région est un pays avec sa manière de vivre, de penser, de manger et de parler.

Comment se manifeste donc cette exception en France ?

Considérons dans un premier temps la Politique intérieure.

 

  • Les partis de gauche en France: 

Ces partis peuvent représenter une exception dans les pays occidentaux.

Les électeurs et les partis politiques de gauche comprennent des Socialistes qui peuvent être compares aux Sociaux-démocrates des autres pays européens (Labour au Royaume Uni, SPD en Allemagne, Socialistes des pays Nordiques) mais aussi des Socialistes plus durs, situés encore plus a gauche, pouvant s’allier à des Communistes (comme M. Mélenchon aux dernières élections présidentielles).

La France outragée!            La France brisée !               La France martyrisée !                        Mais en 2012, la France libérée !

Jean-Luc Mélanchon

Ces socialistes “durs” et la persistance d’un Parti Communiste (malgré la disparition de l’Union Soviétique) sont sans doute une exception française en Europe.   Leur existence est probablement liée à notre histoire mouvementée: révolution de 1789 ayant conduit à la mort du roi, répression de la Commune de Paris en 1871.

  • Les Syndicats

Essentiellement de gauche, ils ont une image assez proche de celle des partis de gauche.   La principale conséquence est que les discussions entre syndicats de travailleurs et l’organisation patronale sont rarement constructive.   La logique des syndicats est plus une logique d’affrontement qu’une logique de négociation constructive.   Au cours des siècles la France a toujours été difficile à reformer et les réformes ont souvent eu lieu dans une logique d’affrontement au cours de mouvements de type révolutionnaires.

  • La Culture

L’exception culturelle française est sans doute apparue après 1958 quand M. André Malraux, ministre de la Culture du Général de Gaulle, a organisé le soutien de l’Etat a différent domaines culturels: avance sur recettes pour les producteurs de cinéma, soutien aux différent festivals très nombreux en France, soutien aux théâtres.

Les différent gouvernements français, qu’ils soient de droite ou de gauche, ont part la suite soutenu l’idée que la Culture ne devait pas être considérée comme un objet commercial.   Dans les discussions internationales (GATT) ils ont réussi à conserver pour les gouvernements de différents pays (38 pays en 2007) la possibilité de limiter le libre-échange de leurs produits culturels pour protéger leurs activités culturelles.

  • La Laïcité

La laïcité est sans doute elle aussi une exception française.   Apres le début de la Troisième République (1870) la France a vécu dans les affrontements entre les partis républicains et des partis de droite défendant l’influence de l’Eglise catholique.

En 1905 une loi instaura la séparation entre l’Eglise et l’Etat.   Cette loi installait une conception laïque de la vie publique: chacun peut désormais exercer librement sa religion, mais cela ne doit pas interférer avec le domaine public;  la laïcité doit permettre aux diverses religions de s’exercer librement.   D’autres lois se sont avérées nécessaires par la suite, en particulier pour prendre en compte la place de la religion musulmane.

La politique d’immigration est une autre manifestation de cette fameuse exception française.

Dans la conception française, les étrangers s’installant en France doivent être intégrés à la Nation.

Cela s’est déroulé assez facilement avec les Italiens (vers 1930), les Espagnols (vers 1938) les Portugais (vers 1960: 1970).

C’est plus difficile avec les immigres provenant d’Afrique et du Maghreb pour différentes raisons: religion, culture, difficultés d’apprentissage dans les écoles (entre 6 et 12 ans) conduisant ensuite à l’échec  scolaire pour de nombreux jeunes.   Les difficultés économiques liées à la crise rendent l’intégration de ces  jeunes très difficile.

La  politique d’intégration des immigrants pratiquée en France, par opposition à la politique de communautés (USA, Royaume Uni) est une exception française. »

Vue de cette manière l’expression commence à avoir du sens.

Quelques exemples notoires illustrent en ce moment cette exception française.

Tout d’abord, il y a l’affaire dites « du  pain aux chocolat » de J-F Copé, qui n’en finit pas de frayer la chronique. Suite à la déclaration suivante du nouveau chef de l’UMP la presse est déchainée :

« Il est des quartiers où les enfants ne peuvent pas manger leur pain au chocolat car c’est le ramadan ».

L’exception française y fait rage ! La laïcité, loi invisible mais omniprésente  interdit à toute personnalité politique de faire un amalgame regrettable entre politique et religion.  La politique et la religion sont, par principe républicain, séparés et quiconque enfreint cette règle élémentaire, le paie tôt ou tard. M. Sarkozy en avait fait les frais lors d’un discours au palais du Latran en 2007. Discours dans lequel, il déclarait fièrement que le rôle du prêtre était plus important que celui de l’instituteur. http://www.courrierinternational.com/article/2009/12/09/sarkozy-cherche-a-corriger-le-tir

http://www.lemonde.fr/politique/article/2007/12/21/discours-du-president-de-la-republique-dans-la-salle-de-la-signature-du-palais-du-latran_992170_823448.html

 

Voilà ce qu’écrit Carole Bienaimé-Besse ( http://www.huffingtonpost.fr/carole-bienaimebesse/industrie-cinema-france_b_2430105.html)  dans sa tribune pour le Huffington Post France ce mercredi 9 janvier 2013, alors qu’un des  festivals de film les plus prestigieux vient de choisir  les heureux lauréats pour la remise des Golden Globes 2013. Cet article, que SQP vous met dans son intégralité,  illustre parfaitement l’attitude exceptionnelle de la France face aux arts et à la culture.

Exception française ou pas ?

En 2013, on en finit avec l’exception culturelle?

En ce début d’année, une bonne résolution s’impose : en finir avec malentendus sémantiques, cinématographiques et audiovisuels !

On arrêtera par exemple de se draper dans le concept de l’Exception Culturelle Française, sans prendre le temps de lui redonner tout son sens et de la reconnecter avec la réalité. On l’élargira aussi à l’Europe et on lui préfèrera les notions de Création, de Diversité Culturelle, comme les ont défendues avec force, les douze Ministres Européens de la Culture -notre Ministre en tête- à Bruxelles en novembre dernier. Lors d’un conseil des Ministres de la Culture, ils étaient venus soutenir la création dans toute sa diversité, les créateurs et la mise en place de politiques culturelles ambitieuses adaptées aux enjeux actuels et à chaque pays. Vouloir défendre la création est universel, vouloir l’enfermer dans un concept exceptionnel n’est plus adapté au monde dans lequel nous vivons. Vouloir imposer une diversité des talents, des contenus et un respect des créateurs, dans un monde délinéarisé, a plus de sens.

On n’utilisera pas le terme Bankable sans avoir pris quelques précautions. Dans les pays anglo-saxons on qualifie de bankables les personnalités qui ont eu la capacité de faire multiplier leur mise de façon vertigineuse. De rapporter aux producteurs qui les ont engagées, plus qu’elles ne leur ont coûtées. Ainsi selon Forbes en 2012, pour $1 de salaire versé, Natalie Portman, a eu la capacité d’en rapporter $42.70 aux producteurs ou studios qui ont fait appel à elle. Les comédiens bankables ne sont pas forcément les mieux payés d’Hollywood, comme en attestent les salaires de Tom Cruise $75M, Leonardo Di Caprio $34M et de Adam Sandler $37M, qui ont été les acteurs les mieux payés l’année dernière. En revanche, les acteurs bankables sont indéniablement les plus rentables : Natalie Portman ($42.70 pour $1), Kristen Stewart ($40.60 pour $1), et Shia LaBeouf ($35.80 pour $1).

En France, utilisé à tort, le terme bankable a un tout autre sens. Il désigne les vedettes, les acteurs superstars, sans que cela ait un lien avec leur rentabilité ! Que l’on se rassure tout de même, leurs salaires, même élevés, restent très très éloignés de ceux des américains.

On fera également attention à ne pas commettre d’impair quand on s’adressera à un producteur américain. Executive Producer signifie, executive, au sens de dirigeant. C’est lui le patron ! Patron de studio, de société, de production ou investisseur, c’est lui qui produit et initie un film. C’est lui qui investit aussi et c’est à lui qu’appartient le film une fois terminé.

En France, le Producteur Exécutif est peut être producteur mais il reste un exécutant qui répond au Producteur Délégué (l’équivalent de l’Executive Producer anglo-saxon). Il est par définition "invirable", il faut dire que sans lui le projet n’existerait pas. Demander à un Executive Producer de quitter le plateau ou la salle de montage car on jugerait que ses remarques sont inintéressantes, c’est s’exposer à quelques ennuis. Alors que c’est plus jouable si c’est à un Producteur Exécutif que l’on s’adresse.

On s’assurera de vérifier si le pays dans lequel on se trouve est régi par le droit d’auteur ou le copyright avant de brandir la menace de son droit au Final Cut. Le final cut précise qui aura le dernier mot! En France, notre droit d’auteur donne le mot de la fin, à la fois, au réalisateur, à l’auteur et au producteur. Autant dire que cela peut parfois entraîner des conversations interminables, mais toujours dans le -bon- intérêt de l’œuvre.

Aux Etats-Unis, pays du Copyright, "où le temps, c’est de l’argent", pas de discussion, c’est le producteur, le patron de studio, qui a le dernier mot ! C’est pour cette raison que l’on voit ressurgir des années après des versions avec la mention Director’s Cut. Les réalisateurs parfois frustrés par la version qui leur a été imposée décident de sortir la version qui aurait été la leur. Ce n’est pas souvent la meilleure, le rôle du producteur étant aussi artistique.

On tournera sept fois sa langue dans la bouche avant de parler de l’argent du contribuable. En anglais, le mot Tax signifie impôt, argent du contribuable.

 En France, quand on dit que le budget du CNC – Centre National du Cinéma et de l’Image Animée – 700 millions d’euros, est alimenté par des taxes, ne signifie pas que cela soit l’argent du contribuable. L’argent provient de taxes prélevées sur la distribution : taxe sur le prix des places de cinéma, taxe sur les services de télévision, taxe sur la VoD, et enfin une taxe prélevée sur les sanctions du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel. Cet argent est ensuite recyclé dans la création. Quant aux obligations d’investissement des chaînes publiques et privées, elles ne peuvent s’apparenter à des subventions. Ces investissements permettent de financer de nombreux films, films que les chaînes peuvent ensuite, diffuser, rediffuser à l’envie sur leurs antennes (1000 films environ chaque année, toutes chaînes confondues) et ainsi percevoir des revenus publicitaires non négligeables. Le modèle de financement du cinéma CNC n’est sans doute pas parfait mais c’est de loin le meilleur que l’on trouve sur le marché international, car c’est ce système qui garantit une certaine forme de diversité culturelle. "Transformers" c’est bien mais "Amour" ce n’est pas mal non plus. La taxe prélevée sur l’un contribue à faire exister l’autre.

On fera attention aussi à être précis quand on parlera de Film d’Auteur, Art House Movie en anglais.

En France, c’est un film avec un point de vue, un angle, une écriture, un film qui n’obéit qu’à une seule règle, celui d’être créatif. La majorité des 290 long-métrages, produits chaque année en France, répondent à cette qualification.

Aux Etats-Unis, les films d’auteurs sont les films qui ne sont ni des blockbusters, du type "Skyfall", ni des franchises comme "Fast and Furious" ; bref, des films non formatés qui n’ont pas pour ambition de plaire au plus grand nombre. Par définition, ils sont souvent produits par des sociétés de production indépendantes et avec moins d’argent. Moins de 10 millions de dollars. Ces films, de par leur propos, parviennent à attirer des acteurs de la A-List qui s’y sentent moins contraints que dans des films à 200 millions de dollars. Ils n’hésitent d’ailleurs pas à investir, et à devenir Executive Producer. "Cogan : Killing Them Softly" de Andrew Dominik, film hyperbole sur la crise des banques américaines de 2008, avec et co-produit par Brad Pitt, en est le parfait exemple.

On tiendra compte de certaines spécificités quand on se mettra à argumenter sur Rentabilité et sur le Box Office.

En France, on a du mal à parler d’argent, quand on en gagne beaucoup on préfère se taire, c’est culturel, c’est comme ça.

Aux Etats-Unis, on aime en parler, en gagner beaucoup et le dire. Les unités de mesure ont été adaptées à nos modes de pensées. Le nombre d’entrées en France, contre le nombre de dollars de recette aux Etats-Unis, on dit ici qu’un film a fait 6 millions c’est qu’il a réalisé 6 millions d’entrées en salle. On en reste là, quitte à donner le sentiment qu’en France l’exploitation d’un film se résume à la sortie en salle, alors que par définition les films voyagent (pas tous bien sûr) et sont aussi exploités en DVD et VoD. Aux Etats-Unis on parle "cash", et c’est bien évidemment en dollars que l’on mesure le succès d’un film. On communique aussi plus largement sur les succès et les ratés des films. Si un film fait 50 millions de dollars de recette, on précisera le découpage des revenus salles, du marché intérieur, du marché étranger, de la VoD, etc, etc… Question de transparence, et une manière aussi de montrer combien au delà de l’artistique, on est un bon entrepreneur ! Comme le disait Cogan à la fin du film : "America is not a country, that’s a business!" -L’Amérique n’est pas un pays, c’est une entreprise-.

On prendra quelques précautions quand on utilisera le mot : Jeune. Young en anglais. Comme le démontre l’âge moyen des premières productions, des premiers scénarii, des premiers films dans les pays anglo-saxons le mot Jeune est synonyme de : renouveau, de pari, de nouvelles écritures et aussi de succès. En France en revanche, le mot Jeune signifie : risque, inconnu, danger ! Les chaînes de télévision ont peur de l’inconnu, elles veulent collaborer avec des talents installés, des vedettes, même si cela coûte plus cher et qu’elles participent ainsi à faire flamber les prix. Le propos est à nuancer en fonction des chaînes, dont certaines font heureusement des paris parfois très osés.

Quant à ceux qui sont installés, ils redoutent de se faire voler "leur place" par les nouveaux venus sur le marché. Une façon de prendre le problème à l’envers puisque seuls les plus talentueux, et ceux qui sauront s’adapter, resteront. Jeunes ou vieux, ce n’est bien évidemment pas la question ! Un producteur français quadragénaire qui fait des cartons d’audience en prime time ironisait récemment en disant "qu’en France, le pays de grands crus, on est un jeune producteur très longtemps, jusqu’à 55/60 ans. Alors qu’aux Etats-Unis, au pays de l’obsession de la jeunesse, à 30 ans on est déjà un vieux producteur". En France on se rassurerait en "faisant du jeune avec des vieux". Heureusement que le CNC est là pour tenter de pallier à ce manque de prise de risque et participer ainsi à ce renouveau indispensable. Cela dit les Studios américains ont tendance à recycler les vieilles recettes, eux "font du neuf avec du vieux", en nous faisant croire que c’est inédit. On ne compte plus les remakes et les pre-quel de franchises, exit le magnifique Gatsby Redford, s’appelle désormais DiCaprio. Quant à la mention à Francis Scott Fitzgerald, elle a tout simplement disparu. Mais quoiqu’il en soit, les choses semblent mieux s’équilibrer au niveau de la pyramide des âges au pays de l’oncle Sam.

Aux Etats-Unis, quand on dit fièrement que l’on travaille dans l’Entertainement Industry, cela englobe le cinéma, la télévision et les jeux vidéos. Or en France, traduit en divertissement, cela se résume aux cases divertissement des chaînes de télévision (Emissions de Jeux, de Variétés, Télé-Réalité, etc), et cela devient honteux ! Comme si la culture ne pouvait être divertissante. La télévision se doit de nous proposer des programmes qui nous divertissent, mais aussi qui nous grandissent. Quand un programme parvient à faire les deux, alors c’est parfait ! Or c’est le manque de diversité et de choix, qui pose problème, quand c’est l’abrutissant qui devient la norme !

Quant au mot Industrie - Industry-, il est banni puisque Exception culturelle oblige, on fait de l’Art. Dommage de décorréler les deux car qui dit industrie, dit secteur économique, et qui dit secteur économique, dit emplois : 200 000. Alors mettons nous à parler industrie !

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Pour conclure, on se souhaite que 2013 soit une année où l’on parlera de tout sans tabou, dans le but salutaire de faire avancer les choses. Vincent Maraval a initié ce mouvement. Les crises servent aussi à lancer des débats constructifs, qui visent à assainir le système. On évitera cependant les malentendus inutiles, qui font le bon jeu de ceux qui à grand renfort de fantasmes et de clichés veulent tout casser.

On s’assurera que les mots que l’on utilise ont le même sens pour soi, que pour celui à qui l’on s’adresse. La mondialisation a ça de bon qu’elle n’a pas supprimé les particularismes, y compris quand elle a bêtement décidé de donner le même nom à des choses totalement différentes !

Bonne année à tous.