
Une semaine de grèves à la SNCF, la RATP, EDF-GDF et des manifestations étudiantes ont secoué une fois de plus l’Hexagone. Les transports ont été fortement perturbés partout en France et les marges bénéficiaires de nombreuses sociétés ont subies une légère baisse que les salariés grévistes ou non ne manqueront pas de repayer avec intérêts comme d’habitude.
D’autres mouvements sociaux sont prévus à partir du 20 novembre menés par les fonctionnaires, les magistrats et les étudiants. C’est pas la joie sauf pour les parisiens !

Mais pourquoi une autre grève, un autre conflit social? Les Français sont-ils des contestataires inconditionnels, des révolutionnaires nés, des trouble-fêtes illogiques ?
Comme dans beaucoup de démocraties, certaines professions bénéficient de régimes de retraites spéciaux, comme les cheminots, les acteurs, les électriciens et les parlementaires. Pourquoi?
Un peu d’histoire
Opéra et Comédie-Française.
Le régime de l’Opéra National de Paris (Garnier et Bastille) a été accordé en 1698 par Louis XIV à l’Académie Royale de danse. Il concerne 1 600 salariés qui peuvent en bénéficier après quinze ans de présence dans l’entreprise. Les danseurs peuvent faire valoir leurs droits à la retraite à 40 ans, au plus tard à 42. Les chanteurs des choeurs bénéficient d’une ouverture des droits à 50 ans et les personnels techniques à 55 ans en raison de la pénibilité.

A la RATP, les 45 000 salariés peuvent partir en retraite après 25 années de service à 50 ans pour les conducteurs et 55 ans pour les agents de maintenance. Pour les autres, il faut avoir 60 ans et 30 ans de service.

Les électriciens et gaziers. Défini en 1946, le régime spécial de retraite des industries gazières et électriques bénéficie aux personnels de 138 entreprises (dont EDF et GDF), soit 142 000 cotisants actifs et 145 000 pensionnés.

Le parlement. Le Parlement définit ses propres règles de retraite. Depuis 2003, les parlementaires sont passés à 40 annuités pour faire valoir leurs droits à la retraite à taux plein. Ils ont la possibilité d’obtenir ces annuités plus vite en versant une cotisation plus élevée. En pratique, les députés parviennent à une retraite à taux plein en 22,5 ans.
La pension moyenne d’un ancien parlementaire est de 2 400 euros net par mois pour une durée moyenne de mandat de 7 ans. En 2006, leur caisse a versé 60,36 millions d’euros de prestations. 22,36 millions d’euros ont été financés par les cotisations, tandis que le déficit de 38 millions d’euros a été couvert par une subvention de l’Assemblée. La pension moyenne d’un sénateur était de 3 295 euros bruts par mois.
La SNCF. Le régime des retraites à la SNCF est un héritage des premières compagnies de chemins de fer qui, dès 1850, ont mis en place pour leur personnel des caisses de retraite. Il s’agissait de compenser les contraintes du service, la pénibilité, et surtout de fidéliser un personnel ouvrier très qualifié dans un contexte alors très concurrentiel. Les régimes ont été conservés lors de la création de la SNCF en 1937 et maintenus en 1945, lors de la création du régime général pour l’ensemble des salariés.
Les exclus de la réforme:
Les pêcheurs et mineurs. Le régime des marins-pêcheurs est exclu de la réforme, pour des raisons de pénibilité et de sécurité. Le taux d’accident du travail s’élève dans ce secteur à 127 pour 1000, contre 39 pour 1 000 en moyenne. Les pêcheurs partent à la retraite entre 50 et 55 ans. Le régime des mineurs ne sera pas non plus réformé.
Selon un sondage BVA publié mardi 13 novembre, une majorité de Français – 55 % contre 44 % – jugent injustifié le mouvement de grève lancé contre la réforme des régimes spéciaux de retraite. Ils ont tous compris qu’il fallait travailler plus longtemps pour coûter moins à la société.
Mais c’est la protestation étudiante qui recueille le plus l’assentiment des sondés. La réforme de l’université passe mal et 49 % (et 79 % des sympathisants de la gauche) s’y oppose, tandis que 38 % soutiennent l’Elysée et Matignon sur ce dossier. Plus largement, 49 % des personnes interrogées considèrent que la politique économique menée par le gouvernement est plutôt ou très mauvaise.
En fait, la division politique des élections est toujours présente, la cohésion sociale promise reste une chimère. L’opposition au gouvernement a même grandit et l’espoir des Français qui ont voté Sarko pour une amélioration de leur qualité de vie s’envole en fumée. Un grand incendie social brûle plus que des voitures dans les banlieues sensibles mais aussi les rêves d’une société harmonieuse, juste et respectueuse où citoyens du peuple pourraient aspirer à travailler des horaires raisonnables, goûter à quelques plaisirs de la vie et ne pas mourir usés et vidés au travail, loin de leur famille et amis.
Le coût de la reprise économique, promise par le président, est lourd pour la France d’en bas qui, une fois de plus, doit en faire tous les sacrifices: travailler plus et plus longtemps, payer plus et toujours plus sans garanties de retraite pendant leur vieillesse alors que la France d’en haut voit ses chances de travailler encore moins qu’avant grandir , et cela simplement en jouant le jeu de l’argent sur le grand échiquier de la finance mondiale.
Comme un éditorialistes du Monde Diplomatique, Ignacio Ramonet a écrit en parlant des fonds de pension et de l’hypocrisie du nouveau capitalisme, "c’est la fin du contrat social".
"Alors qu’ils gagnent personnellement des fortunes démentielles, les dirigeants de ces fonds pratiquent désormais, sans états d’âme, les quatre grands principes de la « rationalisation » des entreprises : réduire l’emploi, comprimer les salaires, augmenter les cadences et délocaliser. Encouragés en cela par les autorités publiques, lesquelles, comme en France aujourd’hui, rêvent de « moderniser » l’appareil de production. Et au grand dam des syndicats, qui crient au cauchemar et dénoncent la fin du contrat social. "Certains pensaient qu’avec la globalisation le capitalisme était enfin repu. On voit maintenant que sa voracité semble sans limites. Jusqu’à quand ?

A quoi a servit la révolution? Pourquoi les ancêtres de la république sont-ils morts si ce n’est pour réduire les inégalités sociales en instituant un contrat social entre les riches et les pauvres?
Cette année le 14 juillet tombe un lundi, je suggère que nous abolissions cette fête nationale qui n’a plus de sens dans le monde que veut le président et 53% des Français qui ont voté pour lui.
Qu’en pensez-vous? Etes-vous d’accord avec Sarkozy ou avec Ramonet?