
Sarkozy gagne sur tous les terrains. L’interdiction de fumer risque de changer la société française. Plusieurs chroniqueurs se lamentent déjà. Une loi anodine visant à améliorer la santé publique. Comme ci les fumeurs d’aujourd’hui allaient quitter du jour au lendemain leur addiction ! Une loi de visibilité, uniquement … Car le véritable problème sur la santé que représente la cigarette et le tabac aujourd’hui subsiste et comme pour la drogue, une solution réelle est très loin de notre réalité… L’enjeu n’est pas vraiment la santé publique, ne nous y trompons pas ! L’enjeu est d’ordre financier et la santé n’est pas prioritaire dans une économie qui enrichit particuliers et Etats.

Quels sont les bouleversements inévitables que cette législation va entrainer… Il est encore trop tôt pour se prononcer mais quelques effets sont prévisibles.

Imaginez désormais les fumeurs des cafés d’antan dans leur petit appart; les bébés, les enfants, les personnes âgées entassés les uns sur les autres et exposés aux fumées toxiques … Et quel appauvrissement culturel et social! Contraints de rester chez eux, avec toujours les même personnes et bien sûr .., en face la télé ! Le nouvel opium du peuple. Quelle politique de génie!
Toute une époque, en quelques mois a disparu de l’histoire d’une nation!
“Accoudés au comptoir, les clients vaticinaient sur l’époque (pas fameuse), pestaient contre le temps (de chien) et brocardaient pour le plaisir ces fumiers d’en haut. Il y avait des poètes et des Tartarin, des philosophes et des beaufs. Reiser et Wolinski faisaient recette à toute heure. Un café, c’était une arène, un forum, un vrai théâtre où l’on se devait de savoir entrer et sortir avec décontraction ou panache. Le savoir-vivre imposait d’y tenir son rôle, d’y fumer et boire comme un homme, mon fils… ” écrit Roland Greilsamer dans Le Monde.
Il s’inquiète de la disparition d’une tradition qui cimentait non seulement les couches sociales, mais aussi la collectivité.
“Les cafés respiraient au rythme national. Ils incarnaient la France, campés en face de la mairie ou de l’église. On s’y rendait plus souvent car on y retrouvait les copains afin d’oublier la dureté des temps. Le café, c’était aussi un boudoir machiste. Les femmes avaient mis longtemps avant de s’y faire accepter, dans les années 1960. La grande famille des habitués les regardait de travers. Les étrangers n’y étaient pas non plus très bien vus. Passons”.
“On en parle à l’imparfait parce que ce monde-là est mort et que des oraisons funèbres tardives évoquent ces jours-ci avec nostalgie ces 30 000 bars-tabacs qui faisaient partie du paysage. Jean-Marie Gourio, qui collectionne les brèves de comptoir, analyse dans France Soir l’après-1er janvier : “Cette loi a cassé l’ambiance. Le va-et-vient de ceux qui sortent fumer fractionne la parole au comptoir. Surtout, les gens peu fortunés qui traînaient deux heures devant le même ballon à griller clope sur clope ne viennent plus, de peur de boire trop vite et de devoir reconsommer. Curieusement, cette loi a cassé la parole des pauvres.”
Patrick Rambaud, Prix Goncourt 1997, tricote son requiem dans Libération : “Je ne fréquente plus les bistrots. Un café sans clope, c’est trop violent. (…) adios les brèves de comptoir, adios cher Jean Carmet, la Gauloise et le p’tit blanc, au revoir M. Doisneau, à la revoyure M. Prévert, fini les bistrots où l’on rafistolait le monde au sancerre et à la fumée. Les bistrots vont être livrés aux tristes. Adieu Paris.”
Paris n’est malheureusement pas la seule victime de l’interdiction, la France profonde a probablement perdu plus que la capitale. Pour tous ceux qui passent régulièrement leurs vacances dans des endroits perdus, n’est-il pas déjà assez cruel de voir la campagne se coucher avec le soleil, pour imaginer que les cafés tabacs resteront vides toute la journée…












