
Un auteur culte vient de rejoindre un monde d’immortels, celui des grands de la litérature. Alain Robbe-Grillet est mort à l’âge de 85 ans. On le dit père ou pape d’un mouvement artistique très célèbre le “Nouveau Roman“. Un mouvement qui est né au sortir de la seconde guerre mondiale et qui représente toute une génération d’artistes sans illusions, marquée par la violence de l’être humain et par l’occupation allemande. Emiles Henriot, alors journaliste littéraire du journal Le Monde emploie l’expression pour la première fois en 1957 pour décrire deux livres de deux auteurs qui débutent: Jalousie d’Alain Robbe-Grillet et Tropisme de Nathalie Sarraute. C’est l’avénement de la Nouvelle Vague ou de la New Wave, comme certains l’appellent aujourd’hui ! Un retour à la philosphie des situationnistes et de Guy Debord, héro de Rosbif, désormais reconnu comme précurseur dans le monde du spectacle et du cinéma.

”Le roman s’affirme en tant que genre au moment où la bourgeoisie triomphante promeut ses valeurs, en ce début du XIXème siècle où le Romantisme valorise les effusions du moi et sacralise l’individu. Le Nouveau Roman est, au contraire, le produit d’une époque qui voit s’imposer les masses et doute de la nature humaine. A la suite de Freud, en outre, on ne sait que trop combien est douteuse la psychologie traditionnelle. Pour toutes ces raisons, le personnage dans le Nouveau Roman, souvent privé de nom, parfois réduit à une initiale, subit les conséquences d’une mutation profonde des mentalités et des structures sociales.
« Le roman est l’expression d’une société qui change; il devient bientôt celle d’une société qui a conscience de changer.» a écrit Michel Butor (Répertoire, II).
Ces nouveaux romanciers ont lancé une mode d’écriture dénuée du romantisme et du réalisme classique qui avait fait de Balzac, Flaubert, Zola, Proust et bien d’autres des héros nationaux et internationaux de la plume.
Cette New Wave de créativité que l’on retrouvera partout dès lors, marque le début d’un mouvement de contestation et de prise de position idéologique contre un sentimentalisme bourgeois passé, une esthétique classique considérée comme ringarde et élitiste. Mouvement qui s’érige ainsi contre tout ce qui a déjà été fait, dit, écrit, décrit, entendu, vu, ressenti et compris. On assiste alors à une révolution culturelle et de la pensée, une remise en question de tout et de tous, y compris de soi-même, menée par une jeunesse toujours déconcertée, souvent désillusionnée et parfois révoltée qui progressivement prendra le pouvoir et imposera sa manière de voir l’absurdité et le désordre du monde. En écrivant le scénario du film ”L’année Dernière à Marienbad” (suivez le lien pour voir un extrait) d’ Alain Resnais, les deux hommes créent une oeuvre d’art cinématographique que Jean de Baroncelli , critique culte de l’époque qualifiera de sublime (Daily Telegraph).
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En dépit de leur génie, ont-ils contribué à l’indifférence générale pour la littérature constatée dans la société française contemporaine, et déplorée par Le Figaro? En tout cas, l’engouement étranger est en essor et Le Figaro l’illustre abondamment.
” Ils sont japonais, anglais, américains, chinois, italien… Dans le monde entier, ces professeurs, chercheurs ou simples amateurs consacrent leur vie à la littérature française.” Et ceci en contraste avec leurs confrères et consoeurs françaises qui sont moins engagés dans cette recherche et exploration de leur patrimoine.
“Le patrimoine littéraire français est si riche que vous ne vous en rendez même plus compte ! Vous êtes trop gâtés” nous rétorquent ces passionnés invétérés de notre littérature et de notre pensée .
Deux des meilleurs spécialistes actuels de Rimbaud et de Verlaine sont… citoyens britanniques. Le premier, Steve Murphy, vit en France. Le second, Michael Pakenham habite Exeter . Un autre Britannique, Robert Baldick, membre du Pembroke College à Oxford,disparu en 1972 était un traducteur culte de Flaubert et de Chateaubriand. Quant à l’Américain Philip Kolb, mort en 1992, il est entré dans la légende en consacrant cinquante ans de sa vie à la publication des vingt et un volumes de la correspondance de Proust.
On pourrait croire que l’intérêt des chercheurs étrangers se limite à ces quelques grandes figures. Il n’en est rien. Jean-Jacques Lefrère, qui dirige la revue Histoires littéraires, s’émerveille encore de la passion suscitée par Lautréamont et son livre “Les chants de Maldoror” dans le monde entier.
Pendant ce temps-là, en France, devant la chute vertigineuse du nombre d’élèves qui se présentent au baccalauréat section L ou littéraire (- 28% en quinze ans), les lycées ferment les classes littéraires les unes après les autres.
Serait-ce la mort, en France, de la litterature, patrimoine envié par tous comme le soutenait l’article du Time Magazine publié sur SQP?