Proust, Balzac, Verlaine, Rimbaud et les autres boudés par les Français, adorés par les Anglais, Américains, et les Chinois …

février 18, 2008 · 5 commentaires

Robbe-Grillet

Un auteur culte vient de rejoindre un monde d’immortels, celui des grands de la litérature.  Alain Robbe-Grillet est mort à l’âge de 85 ans.  On le dit père ou pape d’un mouvement artistique très célèbre  le “Nouveau Roman“. Un mouvement qui est né au sortir de la seconde guerre mondiale et qui représente toute une génération d’artistes sans illusions, marquée par la violence de l’être humain et par l’occupation allemande. Emiles Henriot, alors journaliste littéraire du journal Le Monde emploie l’expression pour la première fois en 1957 pour décrire deux livres de deux auteurs qui débutent: Jalousie d’Alain Robbe-Grillet et Tropisme de Nathalie Sarraute. C’est l’avénement de la Nouvelle Vague ou de la New Wave, comme certains l’appellent aujourd’hui !  Un retour à la philosphie des situationnistes  et de Guy Debord, héro de Rosbif, désormais reconnu comme précurseur dans le monde du spectacle et du cinéma.

Guy Debord

 ”Le roman s’affirme en tant que genre au moment où la bourgeoisie triomphante promeut ses valeurs, en ce début du XIXème siècle où le Romantisme valorise les effusions du moi et sacralise l’individu. Le Nouveau Roman est, au contraire, le produit d’une époque qui voit s’imposer les masses et doute de la nature humaine. A la suite de Freud, en outre, on ne sait que trop combien est douteuse la psychologie traditionnelle. Pour toutes ces raisons, le personnage dans le Nouveau Roman, souvent privé de nom, parfois réduit à une initiale, subit les conséquences d’une mutation profonde des mentalités et des structures sociales.

« Le roman est l’expression d’une société qui change; il devient bientôt celle d’une société qui a conscience de changer.»  a écrit Michel Butor (Répertoire, II).

Ces nouveaux romanciers  ont lancé une mode d’écriture dénuée du romantisme et du réalisme classique qui avait fait de Balzac, Flaubert, Zola, Proust et bien d’autres des héros nationaux et internationaux de la plume.

Cette New Wave de créativité que l’on retrouvera partout dès lors, marque le début d’un mouvement de contestation et de prise de position idéologique contre un sentimentalisme bourgeois passé, une esthétique classique considérée comme ringarde et élitiste.  Mouvement qui s’érige ainsi contre tout ce qui a déjà été fait, dit, écrit, décrit, entendu, vu, ressenti et compris. On assiste alors à une révolution culturelle et de la pensée, une remise en question de tout et de tous, y compris de soi-même, menée par une jeunesse toujours déconcertée, souvent désillusionnée et parfois révoltée qui progressivement prendra le pouvoir et imposera sa manière de voir l’absurdité et le désordre du monde. En écrivant le scénario du film  ”L’année Dernière à Marienbad” (suivez le lien pour voir un extrait) d’ Alain Resnais, les deux hommes créent une oeuvre d’art cinématographique que Jean de Baroncelli , critique culte de l’époque qualifiera de sublime (Daily Telegraph).

scène de l'année dernière à Marienbad de Alain Resnais et Robbe-Grillet

En dépit de leur génie, ont-ils contribué à l’indifférence générale pour la littérature constatée dans la société française contemporaine, et déplorée par Le Figaro?  En tout cas, l’engouement étranger est en essor et Le Figaro l’illustre abondamment.

Ils sont japonais, anglais, américains, chinois, italien… Dans le monde entier, ces professeurs, chercheurs ou simples amateurs consacrent leur vie à la littérature française.” Et ceci en contraste avec leurs confrères et consoeurs françaises qui sont moins engagés dans cette recherche et exploration de leur patrimoine. 

“Le patrimoine littéraire français est si riche que vous ne vous en rendez même plus compte ! Vous êtes trop gâtés” nous rétorquent ces passionnés invétérés de notre littérature et de notre pensée .

Deux des meilleurs spécialistes actuels de Rimbaud et de Verlaine sont… citoyens britanniques. Le premier, Steve Murphy, vit en France. Le second, Michael Pakenham habite Exeter . Un autre Britannique, Robert Baldick, membre du Pembroke College à Oxford,disparu en 1972 était un traducteur culte de Flaubert et de Chateaubriand. Quant à l’Américain Philip Kolb, mort en 1992, il est entré dans la légende en consacrant cinquante ans de sa vie à la publication des vingt et un volumes de la correspondance de Proust.

On pourrait croire que l’intérêt des chercheurs étrangers se limite à ces quelques grandes figures. Il n’en est rien. Jean-Jacques Lefrère, qui dirige la revue Histoires littéraires, s’émerveille encore de la passion suscitée par Lautréamont et son livre “Les chants de Maldoror” dans le monde entier.

Pendant ce temps-là, en France, devant la chute vertigineuse du nombre d’élèves qui se présentent au baccalauréat  section L ou littéraire (- 28% en quinze ans), les lycées ferment les classes littéraires les unes après les autres.

Serait-ce la mort, en France, de la litterature, patrimoine envié par tous  comme le soutenait l’article du Time Magazine publié sur SQP?

Catégories : Litterature · SQP · Société

5 réponses jusqu'à présent ↓

  • Alli // mars 7, 2008 à 7:56 | Répondre

    J’ai la confiance des français de ne pas permettre la chute absolue de la littérature française. J’imagine que la fermement des classes littéraires aux lycées ne continuera pas pendant longtemps. Le monde francophone préfère, évidement, les sciences et les études sociaux dans ce moment, mais ce qui et à la mode ne restera là pendant longtemps. Tous ces vagues de la formation passent. Considère les lycées aux Etats-Unis où on valorise de plus en plus les compétences de l’expression écrit, mais il y a 50 ans, c’était les sciences et les maths dont on ne peut satisfaire l’appétit.

  • Ross J // mars 10, 2008 à 9:45 | Répondre

    Il me semble aussi que les Français prête de moins en moins attention à littérature de leur pays, ou de n’importe où d’ailleurs, en favorisant les sujets plus scientifiques. Il est aussi vrai que cette littérature suscite tant d’inspiration dans d’autres pays. Alors la question c’est pourquoi ce décalage ? J’offre deux raisons concrètes qui ne sont sans doute pas les seules ou même les plus pertinentes, mais qui représentent tout de même un obstacle à l’appréciation de cette littérature. La première, c’est que les Français en ont peut-être marre de vivre dans le passé et étudier les œuvres des grands penseurs d’autrefois. Surtout avec la jeune génération, ça peut être un problème d’une capacité de s’y identifier. Les jeunes sont peut-être attirés par l’exotisme d’explorer des territoires moins connus et non plus par le franco-français. Deuxièmement, on peut parler du système scolaire français qui met l’accent sur les sujets qui sont vus comme pratiques. Pour beaucoup, c’est-à-dire les sciences. Il y a également de la pression de rester en concurrence avec d’autres pays du monde, un combat qui se déroule plus notamment sur la scène d’innovations scientifiques.

  • Ross J // mars 10, 2008 à 9:47 | Répondre

    Il me semble aussi que les Français prêtent de moins en moins attention à la littérature de leur pays, ou de n’importe où d’ailleurs, en favorisant les sujets plus scientifiques. Il est aussi vrai que cette littérature suscite tant d’inspiration dans d’autres pays. Alors la question c’est pourquoi ce décalage ? J’offre deux raisons concrètes qui ne sont sans doute pas les seules ou même les plus pertinentes, mais qui représentent tout de même un obstacle à l’appréciation de cette littérature. La première, c’est que les Français en ont peut-être marre de vivre dans le passé et étudier les œuvres des grands penseurs d’autrefois. Surtout avec la jeune génération, ça peut être un problème d’une capacité de s’y identifier. Les jeunes sont peut-être attirés par l’exotisme d’explorer des territoires moins connus et non plus par le franco-français. Deuxièmement, on peut parler du système scolaire français qui met l’accent sur les sujets qui sont vus comme pratiques. Pour beaucoup, c’est-à-dire les sciences. Il y a également de la pression de rester en concurrence avec d’autres pays du monde, un combat qui se déroule plus notamment sur la scène d’innovations scientifiques.

  • Christina Ye Jin Kim // mars 11, 2008 à 6:46 | Répondre

    La littérature française améliore comme elle produit plusieurs écrivains populaires et respectés dans le passé. Il est intéressant comment les expériences pendant les différents temps poudraient accepter et compatir aux lecteurs mondiaux. En fait, il semble que n’importe pas de la nationalité, les gens s’expriment les conséquences humaines communes. À mon avis, j’aime souvent lire les littératures françaises parce que je voudrais savoir plus de la culture française. Pour la même raisons, beaucoup d’étrangers lisent les livres françaises. En outre, il est triste que les jeunes français n’apprécient pas la gloire de leur littérature. C’est peut être que le media français ne produit pas beaucoup de productions françaises ces jours-ci. Il est évident que le media américain est plus célèbre en France donc les jeunes ne considèrent pas l’art de française. J’espère que ces jeunes comprennent et respectent bientôt leur littérature parce qu’elle représente et montre aussi l’histoire de leur pays.

  • Roland // septembre 27, 2008 à 6:03 | Répondre

    Si les élèves ne s’interessent plus à la littérature, c’est que les programmes et le discours des ministres de l’éducation les poussent dans ce sens, c’est les coupes claires dans le programmes, l’abaissement dramatique du niveau, l’obsession des matières “scientifiques”, dont on espère qu’elle feront des petits spéculateurs boursiers performants (humour noir …) et des cadre sup’ “vendeurs” .
    C’est la débacle de l’enseignement, qui n’est plus conçu comme la transmission d’une culture française commune, ce qui serait normal dans une république, mais comme 1° une garderie, et un institut de dressage à la “citoyenneté” c’est à dire à l’obéissance passive devant les flics et les réglements, la biométrie (dans les cantines) et les caméras,et puis quand on aborde, quand même! les choses sérieuses 2° comme un lieu d’acquisition de “conpétences” marchandisables sur le marché de l’emploi. Point.
    évidemment Chateaubriand, Jules Laforgue, Pascal, Marot ou Stendhal ça n’est pas très performant dans un séminaire d’entreprise, ni ne rend plus productif un p’tit jeune transbordeur de Supermarché sous contrat précaire jetable et pas cher!

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