Selon le dictionnaire Micro Robert édition 1971 (un peu vieux, je vous l’accorde), un hymne peut être :
1. un chant à la louange de Dieu (cantique et psaume)
2. un chant ou un poème lyrique exprimant la joie, l’enthousiasme, célébrant une personne ou une chose
3. un chant solennel en l’honneur de la patrie, de ses défenseurs.
La Marseillaise, de par cette dernière définition est donc l’hymne national français.

Or aucune législation ou ordre moral n’a jamais stipulé que manifester son mécontentement, quel qu’il soit, en sifflant un symbole national, une manière tout à fait pacifique et démocratique dans un pays qui se dit respectueux de la pensée libre
La polémique qui vient de secouer la France à la suite d’un tel incident lors d’un match de football amical entre la France et le Maroc. Certes, la Marseillaise a bien été sifflée ! Etait-ce la première fois ? J’en doute tout comme Le Monde qui écrit :
Les incidents qui ont le plus marqué les esprits datent du France-Algérie du 6 octobre 2001. Ce soir-là, non seulement La Marseillaise avait été sifflée, mais des centaines de supporters avaient envahi la pelouse, à la 76e minute, alors que les Bleus menaient 4 buts à 1. La partie ne reprendra jamais, et la colère de Lilian Thuram demeurera célèbre.
Mais à cette occasion visiblement historique, le président est intervenu et de manière très publique ! Il a garanti que la prochaine fois que cela se reproduirait, le match serait annulé. De plus, il trouve inacceptable que certains des joueurs de l’équipe de France ne chante pas à tue tête et insiste que désormais cela devrait être le cas, quitte à l’apprendre aux joueurs qui ne seraient pas familier avec les paroles de ce chant culte. Une enquête a été ouverte et semble causé un problème au monde du fooball écrit Le Figaro.
Mais les annonces du gouvernement soulèvent de nombreuses questions pour le monde du football. L’interruption des matches de l’équipe de France en cas de sifflets reste une mesure difficilement applicable dans les faits, selon des responsables du football mondial.
Les règlements qui régissent les matches internationaux sont clairs: «Seuls les cas de force majeure peuvent entraîner un arrêt de la rencontre en matches internationaux. Les sifflets n’en font pas partie», souligne l’un des membres des instances dirigeantes du football. «Et puis qui va arrêter le match? Pour l’instant, c’est l’arbitre qui arrête le match, or l’arbitre ne dépend pas du gouvernement français», a précisé la même source.
Il reste aussi à définir «à partir de combien de personnes qui sifflent on arrête? Une ou 10.000? A combien de décibels on arrête? «Et puis il faut déterminer qui siffle. Ce n’est pas simple. Et s’il y a un match à rejouer, des supporters de leur propre équipe, en difficulté, ne seront-ils pas tentés de siffler pour reporter le match?».
Le Monde se demande ce qui pourrait se passer la prochaine fois que la Marseillaise est sifflée à l’Etranger, ce qui arrive assez souvent.
"Le 8 septembre 2007, lors d’une rencontre de qualification pour l’Euro 2008 disputée à San Siro (Milan), les supporters italiens avaient sifflé La Marseillaise."
Notre président, vivement indigné déclarera-t-il la guerre devant un tel acte d’agression ?

En revanche, la Marseillaise est un des symboles incontestable de l’identité nationale française chère à Nicolas Sarkozy comme l’écrit le NouvelObs:
La République est un bien précieux, ses symboles doivent scrupuleusement être respectés. C’est un préalable absolu car cela indique sans ambigüité dans quel cadre nous évoluons.
En France, il est permis d’être en désaccord et de l’exprimer. Il est acceptable de dire son désarroi, lorsque l’on est quotidiennement en butte aux vexations discriminatoires, mais il faut le faire dans la cadre républicain.
Siffler notre hymne national ou un hymne national quelconque, c’est sortir de ce cadre.
Il est assez difficile de comprendre comment on peut justifier que siffler un hymne national est sortir du cadre républicain. Un cadre républicain n’est pas figé, il évolue et change de forme avec le temps…
Comment l’auteur de l’article du NouvelObs peut-il penser sérieusement que "Lorsque la Marseillaise est sifflée, c’est notre idéal commun qui est rejeté. Lorsque notre hymne national est sifflé, c’est notre promesse du vivre-ensemble qui est souillée" ?
Or la Marseillaise n’est pas le seul hymne national a voir été malmené. Toujours selon Le Monde, "la rencontre de 1995 entre l’Irlande et l’Angleterre à Lansdowne Road (Dublin) au cours de laquelle, après que les hymnes furent sifflés, une émeute éclata entre les policiers et les supporters anglais, dont certains scandaient des slogans contre l’Armée républicaine irlandaise."
Après une réflexion plus approfondie , ne serait-il pas plus constructif ou "évolutif" de comprendre pourquoi l’hymne national français a été sifflé lors d’une rencontre sportive amicale entre la France et une de ses anciennes colonies du Maghreb ?
Connaissez-vous un seul exemple de gouvernance répressive qui ait produit une sociéte dans laquelle il fait bon vivre ?
Non, de nos jours la baguette et le respect impératif des traditions, tristes mémoires d’un passé imparfait sembleraient avoir plus de succès que la carotte et la projection d’un nouveau modèle de société fédérateurs et enviable pour tous, le mythe d’un nouvel idéal pour lequel il vaille la peine de se battre à nouveau.