Archives Mensuelles: octobre 2010

Histoire de guerres et déboires de vins (2): les champagnes

Alsace et Lorraine : traitres ou amis intimes de la France? Et voici la suite du reportage de Jenny, notre rédactrice de SQP qui s’est intéressée cet été au vin français et à son histoire pendant l’occupation allemande. Pour les  Alsaciens et les Lorrains,  il y avait un sens de déjà vu dans l’air.  En effet leur territoire avait changé de mains 3 fois entre 1870 et  1939. Pour mieux comprendre la situation, il nous suffit d’imaginer les Hugels,  gros viticulteurs de la région.  Dans ce vaste vignoble de la famille Hugel à Riquewihr,  le grand-père Emile avait changé  4 fois de nationalité. Cette incertitude identitaire commençait à poser d’énormes  problèmes,  notamment en ce qui concernait la tarification de leurs produits , leur exportation et les relations avec la clientèle. La peur que Noël 1939 serait leur dernier Noël en tant que Français les avait envahis. Ils avaient raison : le 7 août 1940 la région refaisait  partie de l’Allemagne. Par conséquent tout ce qui était français y était interdit comme porter des bérets et  parler en francais. Ils durent renouveler leurs pièces d’identité et confirmer leur origine allemande. En cas de refus, ils  se retrouvaient dans un camp de concentration. S’ils voulaient aller au lycée,  faire parti de  la jeunesse Hitlérienne était obligatoire. Pour Hitler, un des plus grands avantages d’occuper la France était de s’emparer de ses  richesses . Or, une de ses commodités les plus précieuses  était certainement le vin, non seulement à cause des profits qu’il rapportaient mais aussi parce qu’il représentait un symbole de prestige, de sophistication et de pouvoir. En Bourgogne la récolte de 1940 avait  été catastrophique.  Les allemands avaient empêché les ouvriers agricoles de traiter les vignes contre la moisissure et autres maladies de la vigne. D’autres parts, de nombreux soldats allemands s’étaient servis, à titre personnel, parmi les vins réquisitionnés par les autorités allemandes. Un document juridique relate le jugement de deux jeunes soldats qui avaient tenté de voler du champagne  et qui s’était vu condamner à être envoyé au front. Une autre conséquence de l’invasion allemande fut la dévaluation du franc : le mark avait triplé sa valeur d’avant guerre  ce qui rendaient les  vins français  très bon marché et à la portée de tous en Allemagne, un progrès social très appréciable. Une autre conséquence de l’invasion allemands fut la dévaluation du franc : le mark avait triplé sa valeur d’avant guerre,  ce qui rendaient les  vins français  très bon marché et à la portée de tous en Allemagne, certes un progrès social très appréciable.   L’administration allemande  créa une faction de « marchands de vin en uniforme » que les Français  appelaient « weinfurers » pour contrôler la viticulture française. Leur tache était d’acheter le plus de vin possible à bas prix  et de l’envoyer en Allemagne d’où il serait revendu dans le monde entier et le profit utilisé pour contribuer à financer la guerre. Afin de garder le meilleur vin en France pour la consommation francaise et ainsi déjouer les plans de l’ennemi,  les viticulteurs mirent en bouteilles des vins de qualité inférieure pour l’exportation en Allemagne et ils y collèrent des étiquettes de  bons vins .  Cette stratégie marchait la plupart du temps mais parfois le « weinfurer » se rendait compte du subterfuge et  il pouvait  y avoir des répercussions déplaisantes! Si le « weinfuhrer » était  bien disposé la sanction restait légère.

Le vin et le champagne,  agents secrets de la résistance.

Le vin  n’était pas seulement destiné à l’exportation mais  des cargaisons de champagne abreuvaient les services de renseignements de l’armée de terre. En 1940 les allemands commandèrent des dizaines de milliers de bouteilles qui devaient être livrées en Roumanie.  Quelques jours plus tard la Roumanie était envahie. A partir de ce moment là, la résistance compris l’importance des destinations des livraisons de vins et  fut aidée par les maisons de champagne qui lui fournissait  des renseignements. En 1941 il y eut une grande commande de bouteilles bouchées et emballées pour un pays très chaud. Ce renseignement fut transmis à Londres – la destination s’avéra être l’Egypte.

A suivre…

Pourquoi la France refuse de payer la facture de la crise.

La France est dans la rue, 3,6 millions de manifestants le mercredi 13 octobre selon les syndicats. Une série de grèves et de manifestations populaires risquent de paralyser le pays comme en mai 68. Les pompes à essence sont déjà à sec.

Le Président Sarkozy est probablement prêt à faire intervenir l’armée et les chars d’assauts pour rétablir l’ordre et empêcher une paralysie complète du pays .  Sa conviction est telle, que la pression populaire sera anéantie par tous les moyens. L’ordre et la sécurité sont de rigueur dans un pays qui se veut développé.

La rue commence à se faire entendre

La rue est-elle  sur le point de prouver au gouvernement et au reste du monde que  si un gouvernement peut adopter des mesures que le peuple trouve injuste, ce même peuple a le devoir et droit de l’arrêter?

La conduite de notre président et de son entourage ont malheureusement attisé le feu de la colère populaire:

1. Les signes extérieurs de richesse revalorisés par le président et sa cour

2. Le bouclier fiscal

3. Un mariage digne d’une série américaine de troisième catégorie

4. Le scandale de "l’affaire Bettencourt"

5. le Fouquet’s symbole de l’idéologie du pouvoir par l’argent

6. le manque de transparence dans le plan de sauvetage des banque…

Les Français seraient-ils des inconscients ou tout simplement des imbéciles qui ne comprennent pas la gravité de la situation?

Si le pays ne peut pas survivre sans ses banques, ses paradis fiscaux, son élite dirigeante qui comprend comment gérer un pays, la France peut-elle survivre sans le labeur du peuple dont le travail est la réelle source de richesse? Or, ils semble que les politiques auraient l’audace de  demander à ce même peuple, producteur de richesse nationales, non seulement de travailler plus longtemps, mais aussi travailler plus, dans des conditions moindres et cela pour gagner moins.  De telles sacrifices ne seraient pas imposés si clairement aux institutions financières qui les jugeraient non seulement méprisables mais aussi tout à fait contournables si toutefois proposées et le bouclier fiscal en est malheureusement la preuve irréfutable.

Voici l’éditorial intitulé dans le"Haute société, Bas-Empire" qu’écrivait en août,  Sege Halimi dans le Monde Diplomatique

Une rafale de révélations suscite la stupéfaction en France.

Des dirigeants politiques côtoieraient en permanence — et en bonne amitié — hommes et femmes d’affaires. Les seconds financeraient les partis des premiers. Ils obtiendraient en échange une réduction appréciable du taux de leurs impôts. Plus renversant encore, la baisse de la fiscalité sur les hauts revenus (près de 100 milliards d’euros en dix ans) aurait surtout avantagé… les hauts revenus, protégés depuis 2006 par un « bouclier » conçu à cette intention. Enfin, soucieux d’éprouver par eux-mêmes les rigueurs de la nouvelle loi commune, les gouvernants (et leurs familles) seraient plus nombreux à se reconvertir dans les affaires que dans le syndicalisme.

Ainsi, l’« affaire Bettencourt » a rendu visible ce qui l’était déjà . En avril dernier, les journalistes d’investigation dormaient-ils donc, et les professeurs de vertu avec eux, quand Mme Florence Woerth décrocha un poste d’administratrice chez Hermès, elle qui se consacrait déjà — sans que cela provoque le moindre émoi — aux finances de Mme Liliane Bettencourt, troisième fortune de France ? M. Eric Woerth avait réagi ainsi : « Je suis ministre de l’égalité hommes-femmes, j’aurais bien tort de vouloir freiner la carrière de ma femme, (…) parallèle à la mienne »(AFP, 21 avril 2010). Nul ne le soupçonnait vraiment de contrarier l’épanouissement professionnel de sa femme, mais personne ne s’alarma non plus du « parallélisme » ainsi tracé entre le parcours d’une gestionnaire de grande fortune soucieuse d’« optimisation fiscale » aux Seychelles et celui d’un ministre du travail qui s’apprêtait à amputer la retraite des ouvriers. Tout cela, c’était avant l’affaire Bettencourt. Les rapports entre argent et pouvoir étaient exactement ce qu’on en révèle aujourd’hui. Mais, à l’époque, tout allait bien…

L’impact du « scandale » actuel tient peut-être à des détails qui tuent : un jeune et ambitieux secrétaire d’Etat à l’emploi qui profite d’un voyage officiel à Londres pour supplier des gestionnaires de fonds spéculatifs de la City de financer son groupuscule, baptisé Nouvel Oxygène ; un taux d’imposition des revenus se situant entre 1 % et 6 % par an  dans le cas de Mme Bettencourt (le bouclier fonctionne…) ; une journaliste vedette qui décroche un entretien sur TF1 avec la propriétaire de L’Oréal en précisant : « Je la connaissais pour avoir dîné avec elle et son mari chez des amis communs. Il nous arrivait aussi de nous croiser à l’occasion d’expositions. »

Pour que cette affaire tentaculaire devienne le « collier de la reine » de l’oligarchie française, il faudrait cependant, au minimum, qu’elle débouche sur la fin des pantouflages entre public et privé, sans oublier les « ménages » des journalistes qui ont ainsi contractualisé leur connivence avec l’argent. Le brouhaha du dernier mois n’aura en revanche servi à rien si l’espoir de purifier une atmosphère de Bas-Empire conduit à porter à l’Elysée un frère siamois de M. Nicolas Sarkozy. Comme, par exemple, le directeur général du Fonds monétaire international . Les grandes fortunes célébreraient la victoire d’un socialiste d’affaires dans un autre Fouquet’s. Et tout recommencerait.

Serge Halimi

La souveraineté des marchés  a-t-elle tous les droits?

La dette doit-elle être  repayée à n’importe quel prix,  y compris celui du sacrifice des avantages sociaux, piliers du succès de nos démocraties , car eux aussi  ont contribuer à l’augmentation de la consommation et à la prospérité de nos pays?

La dette doit-elle être repayée le plus vite possible, par les plus démunies? Car eux aussi ont obtenu le droit et les devoirs de vivre mieux et plus longtemps?

Peut-être la France représente-t-elle l’enfant gâtée et capricieuse de l’Europe comme s’évertue nos amis Anglais et Américains de nous le rappeler?

Histoires de Guerres et déboires de vin

Bientôt le beaujolais nouveau !

Alors que le beaujolais nouveau ( un vin de primeur produit dans la région du Beaujolais (AOC)  à partir du cépage gamay dont la commercialisation est autorisée immédiatement à la fin de la vinification) soit mis en vente, dans le monde entier le troisième jeudi de novembre, Jenny de SQP nous révèle des secrets bien gardés sur les vins Français et comment viticulteurs et restaurateurs ont  réussi à tromper les Allemands sur la qualité des vins qu’ils buvaient et surtout qu’ils réquisitionnaient.  Une page extraordinaire de l’histoire de la France et de son patrimoine le plus précieux.

Au commencement de la 2e guerre mondiale les viticulteurs craignaient  vraiment que leurs vignobles  ne deviennent  une fois de plus des champs de bataille.

Le mois de septembre est très important dans la viticulture et le gouvernement de l’époque essaya d’apporter son aide aux viticulteurs avec la récolte de 1939 en leur permettant de faire leur service militaire plus tard, et en leur  laissant leurs chevaux jusqu’à la fin des vendanges alors que tous les autres avaient été réquisitionnés.

Les années entre les deux  guerres avaient été pariculièrement pénibles  pour la plupart des viticulteurs. Les millesimes étaient mauvais, particulièrement en Champagne et en plus la crise économique de 1929 avait eu un effet dévastateur.

En Alsace, de nombreux viticulteurs faisaient faillite, les prix étaient à la  baisse pour les bordeaux et la production des bourgognes avait chuté de 40%.

Alors on peut donc comprendre la terreur des viticulteurs face à une autre catastrophe pour leur industrie. La récolte de 1939 avait été  pauvre en raison du temps et les paysans avaient peur que  le fameux proverbe suivant se réalise:

Au commencement des guerres Dieu envoi une mauvaise récolte, pendant la guerre les récoltes sont médiocres et pour célébrer la fin d’une guerre il envoie une excellente récolte.

L’année suivante, les conditions de vie s’était détériorées pour tous les Français et les viticulteurs souffrirent énormément.

Dans la zone occupée,  les viticulteurs étaient de plus en plus inquiets pour la sécurité de leurs réserves de vin. Beaucoup d’entre eux décidèrent même de construire des faux murs dans leurs caves et y  cachèrent derrière  leurs vins les plus chers et précieux. Afin de tromper l’ennemi,  ils  déposaient des araignées dans les coins de ces faux murs fraîchement construits pour qu’ils paraissent plus vieux.

Or, les viticulteurs n’étaient pas les seuls à avoir  peur pour leurs réserves, les restaurateurs tremblaient aussi à l’idée de voir leurs trésors tomber en mains ennemies. Le patron de La Tour d’argent, un restaurant prestigieux de Paris avait une telle peur que les allemands trouvent et saississent  sa cave à vins qu’il bâtit un faux mur avec l’aide de son personnel pour dissimuler les caves dans lesquelles il gardait ses vins les plus prestigieux. Il eut très peu de temps pour le faire. Effectivement, quand  Göring arriva à Paris il se rendit immédiatement à La Tour d’Argent et exigea de voir les célèbres caves  de l’établissement et tout particulièrement les bouteilles de 1867. On lui  répondit  que ces bouteilles avaient toutes été malheureusement bues. Peu convaincus, les allemands  cherchèrent  en vain ces vins de 1867 pendant plus de deux heures. Quand Göring  sortit du restaurant ce jour-là,  les 80,000 bouteilles qui restaient dans la cave  partirent avec lui.

A suivre ….