Alsace et Lorraine : traitres ou amis intimes de la France? Et voici la suite du reportage de Jenny, notre rédactrice de SQP qui s’est intéressée cet été au vin français et à son histoire pendant l’occupation allemande. Pour les Alsaciens et les Lorrains, il y avait un sens de déjà vu dans l’air. En effet leur territoire avait changé de mains 3 fois entre 1870 et 1939. Pour mieux comprendre la situation, il nous suffit d’imaginer les Hugels, gros viticulteurs de la région. Dans ce vaste vignoble de la famille Hugel à Riquewihr, le grand-père Emile avait changé 4 fois de nationalité. Cette incertitude identitaire commençait à poser d’énormes problèmes, notamment en ce qui concernait la tarification de leurs produits , leur exportation et les relations avec la clientèle. La peur que Noël 1939 serait leur dernier Noël en tant que Français les avait envahis. Ils avaient raison : le 7 août 1940 la région refaisait partie de l’Allemagne. Par conséquent tout ce qui était français y était interdit comme porter des bérets et parler en francais. Ils durent renouveler leurs pièces d’identité et confirmer leur origine allemande. En cas de refus, ils se retrouvaient dans un camp de concentration. S’ils voulaient aller au lycée, faire parti de la jeunesse Hitlérienne était obligatoire.
Pour Hitler, un des plus grands avantages d’occuper la France était de s’emparer de ses richesses . Or, une de ses commodités les plus précieuses était certainement le vin, non seulement à cause des profits qu’il rapportaient mais aussi parce qu’il représentait un symbole de prestige, de sophistication et de pouvoir. En Bourgogne la récolte de 1940 avait été catastrophique. Les allemands avaient empêché les ouvriers agricoles de traiter les vignes contre la moisissure et autres maladies de la vigne. D’autres parts, de nombreux soldats allemands s’étaient servis, à titre personnel, parmi les vins réquisitionnés par les autorités allemandes. Un document juridique relate le jugement de deux jeunes soldats qui avaient tenté de voler du champagne et qui s’était vu condamner à être envoyé au front. Une autre conséquence de l’invasion allemande fut la dévaluation du franc : le mark avait triplé sa valeur d’avant guerre ce qui rendaient les vins français très bon marché et à la portée de tous en Allemagne, un progrès social très appréciable. Une autre conséquence de l’invasion allemands fut la dévaluation du franc : le mark avait triplé sa valeur d’avant guerre, ce qui rendaient les vins français très bon marché et à la portée de tous en Allemagne, certes un progrès social très appréciable. L’administration allemande créa une faction de « marchands de vin en uniforme » que les Français appelaient « weinfurers » pour contrôler la viticulture française. Leur tache était d’acheter le plus de vin possible à bas prix et de l’envoyer en Allemagne d’où il serait revendu dans le monde entier et le profit utilisé pour contribuer à financer la guerre. Afin de garder le meilleur vin en France pour la consommation francaise et ainsi déjouer les plans de l’ennemi, les viticulteurs mirent en bouteilles des vins de qualité inférieure pour l’exportation en Allemagne et ils y collèrent des étiquettes de bons vins . Cette stratégie marchait la plupart du temps mais parfois le « weinfurer » se rendait compte du subterfuge et il pouvait y avoir des répercussions déplaisantes! Si le « weinfuhrer » était bien disposé la sanction restait légère.
Le vin et le champagne, agents secrets de la résistance.
Le vin n’était pas seulement destiné à l’exportation mais des cargaisons de champagne abreuvaient les services de renseignements de l’armée de terre. En 1940 les allemands commandèrent des dizaines de milliers de bouteilles qui devaient être livrées en Roumanie. Quelques jours plus tard la Roumanie était envahie. A partir de ce moment là, la résistance compris l’importance des destinations des livraisons de vins et fut aidée par les maisons de champagne qui lui fournissait des renseignements. En 1941 il y eut une grande commande de bouteilles bouchées et emballées pour un pays très chaud. Ce renseignement fut transmis à Londres – la destination s’avéra être l’Egypte.
A suivre…


