En pleine campagne électorale et alors que l’immigration et la religion sont au cœur des débats politiques en France, Jenny, notre historienne, se penche sur l’affaire des Huguenots et rafraichit notre mémoires sur leurs tribulations. La discrimination basée sur la peur d’une religion émergente n’est pas un fait historique récent. Plus cela change, plus c’est la même chose.
Pour comprendre un peu plus le contexte historique et politique de cette époque, Jenny se pose ces trois questions fondamentales. : Qui étaient-ces Huguenots, pourquoi ont-ils quitté la France et Comment ont-ils contribué à l’économie et la vie culturelle anglaise?
1 : Qui était les Huguenots ?
Le terme Huguenot est l’ancien nom donné aux protestants français pendant les guerres de religion au seizième siècle.
Pendant ce siècle plusieurs penseurs auraient souhaité que l’église catholique change et se réforme. Quand il est devenu évident qu’il serait impossible de réformer l’église de l’intérieur, il y a eu une rupture définitive suivie de l’émergence du protestantisme. Luther fut le père de la réforme en Allemagne tandis qu’en France c’était Jean Calvin qui fut à l’ origine de l’église protestante. La bourgeoisie, essentiellement constituée de marchands et certains nobles éclairés étaient attiré par cette religion reformée – peut être parce qu’elle donnait plus d’importance à individuel que le catholicisme.
2. Pourquoi ont-ils quitté la France ?
Ce schisme est suivi par plusieurs années de guerres de religion et de massacres, commençant en 1562 en Champagne.
Ci-dessous le massacre de la Saint Barthélemy du 24 août 1572. Au total, le nombre de morts est estimé à 3 000 à Paris, et de 5 000 à 10 000 dans toute la France, voire 30 000
En 1598 Henri IV signe L’Edit de Nantes – Henri était lui-même protestant mais avait été contraint d’abjurer sa religion pour devenir roi.
L ‘Edit de Nantes donnait aux protestants la liberté de conscience et l’égalité civile. Ils pouvaient désormais occuper des postes publics – les anciens temples leur sont restitués et ils sont autorisés à en construire de nouveaux.
L ‘Edit de Nantes marque ainsi la fin des guerres de religion mais n’a en réalité jamais été entièrement respecté.
Les pouvoirs publics craignaient que le protestantisme crée un état dans un état.
Le retour à l’épuration religieuse sous Louis XIII et Richelieu
L’Edit de Nantes est donc en parti aboli par Richelieu sous Louis XIII.
Pendant son règne la machine de l’épuration repart, notamment à La Rochelle où, après un long siège, 19 000 Protestants perdent la vie, décimés par la famine.
C’est durant le règne de Louis X IV que L’Edit de Nantes est définitivement révoqué avec des conséquences fâcheuses. C’est à cette époque que les protestants doivent impérativement cesser de pratiquer leur religion et de se convertir au catholicisme sous peine de représailles. On appelait cela des Dragonnades.
Les pasteurs ont alors 24 heures pour quitter leur pays et les temples sont détruits. De nombreux Huguenots choisissent ainsi de fuir la France pour se rendre dans des pays protestants comme les Pays-Bas, l’Angleterre, les Etats-Unis, la Russie et l’Afrique du Sud (où ils ont emmené leurs techniques de viticulture).
Il faut savoir qu’à l’époque, en France l’émigration vers un autre pays était strictement interdite – alors les Huguenots prennent des risques énormes en quittant leur pays. Leur fortune peut-être confisquée et la famille qui reste dans le pays risque d’ être persécutée. Une pratique reprise, il n’y a pas si longtemps par l’administration de certains pays notamment par le KGB de l’ex URSS et la STASI de l’Allemagne de l’Est pour n’en citer que deux.
Ceux qui décident de rester en France pour diverses raisons se convertissent ou continent de pratiquer leur religion clandestinement.
3. Comment ont-ils contribué à l’économie et la vie culturelle anglaise ?
Après cet exode massif, la France avait perdu ses meilleurs artisans et marchands. En revanche, les pays où ils avaient pris refuge ont profité au maximum de leurs talents et l’effet sur l’économie française a été désastreux. En effet, les Huguenots représentaient environ 15% de la population française.
On estime qu’environ 250 000 Huguenots ont quitté leur pays et qu’approximativement 40 000 et 50 000 sont venus en Grande Bretagne. Au moins la moitié des ces réfugiés de l’intolérance religieuse, soit entre 20 000 et 25 000 se sont installés à Londres où ils pouvaient trouver des emplois, grâce à des amis et des parents.
On comptait en 1700 environ 500 000 habitants dans la capitale.
Londres était le seul endroit en Grande Bretagne ou les étrangers pouvaient vivre sans être trop remarqué et où ils allaient retrouver des compatriotes et des lieux de cultes car il y avait même 2 églises françaises.
Les étrangers ont toujours joué un rôle important dans l’histoire de Londres. Les nombreux commerces de luxe qui s’y trouvaient comme les bijoutiers, les tailleurs, les perruquiers, les métiers de la couture attirent les Huguenots, eux-mêmes spécialisés dans ces corps de métiers.
En dépit de leur tradition historique à accueillir les étrangers venant du monde entier, les Londoniens se montrent assez hostiles envers ces nouveaux arrivants Huguenots – en parti parce que les Français étaient leurs ennemis traditionnels.
Un accueil bien ambivalent taché d’hostilité !
La population de Londres étant pour la plupart protestante et anticatholique, elle est en devoir de se montrer solidaire de ses frères protestants en les aidant à s’installer.
Paradoxalement, les Londoniens qui s’étaient, dans un premier temps, avérés accueillants se montrent aussi hostiles à l’égard de leurs frères protestants.
Alors soutien et hostilité caractérise l’accueil que reçoivent les Huguenots à leur arrivée dans la capitale. Par exemple l’Evêque de Londres organise une collecte pour les aider mais en même temps les Londoniens protestent et manifestent contre les tisserands français, ayant peur pour leurs emplois. Une véritable histoire de plombier Polonais du seizième siècle !
Leurs compétences et savoir faire sont à la fois appréciés et recherchés par les employeurs mais leur manière de s’habiller, leur mode de vie et leur nourriture font l’objet de moquerie chez les Londoniens. Néanmoins dans l’ensemble ils sont acceptés et l’antagonisme est minime surtout quant on considère qu’il y était au moins 20 000 sur une population de 500 000.
Un apport économique et culturel
Leurs contributions à la vie économique est énorme – ils ont des contacts financiers en Europe et encore plus intéressant, certains d’entre eux ont beaucoup d’argent à investir. Les négociants Huguenots ont un très bon carnet d’adresses. En réalité, leurs nombreuses relations u dans le commerce, la viticulture et la soie contribuent à ouvrir les portes pour le commerce anglais. Ils contribuent aussi à établir des sociétés d’assurances en apportant des fonds monétaires. On comprend un peu mieux comment la city de Londres est devenue un des marchés financiers les plus forts du monde.
En résumé, les Huguenots étaient des artisans doués qui travaillaient tous les métaux précieux, ainsi que le fer, la verrerie et la soie. Ci-dessous le carrosse d’Etat "The State Coach of the Speaker of the House of Commons", le travail exceptionnel de Daniel Marot en 1698, fabriqué pour le roi Guillaume III et que vous aurez vu lors du mariage du Prince Charles et de Lady Di.

Ils ont laissé leur marque sur le quartier de Spitalfields à Londres où ils ont apportés leurs techniques d’excellence comme tisserands et ont crée des tissues de soie extraordinaire. On peut voir aujourd’hui les maisons sur Fournier Street où ils travaillaient et les églises où ils priaient.
Il existe toujours à Spitalfields une église bâtie par les Huguenots en 1742 qui est aujourd’hui une mosquée – alors qu’au commencement du vingtième siècle c’était une synagogue. Pour moi ce lieu de culte est un symbole de ce quartier qui a accueilli des réfugiés et des immigrants pendant des centaines d’années.
Je crois fermement que les Huguenots ont contribué à notre économie et à la richesse de notre culture anglaise et que notre pays a profité pleinement de leurs multiples talents.
C’est dommage que la France, une fois de plus, par son manque traditionnel de tolérance et d’ouverture d’esprit ait cruellement souffert d’une perte de talent irremplaçable en chassant et persécutant un groupe social si riche et talentueux.
La France est-elle sur le point de commettre la même erreur en décourageant le monde musulman à pratiquer comme il l’entend sa religion dans l’hexagone?
A suivre….









