Archives Mensuelles: janvier 2012

Quand tout est permis pour attirer l’attention !

Le buzz de la nouvelle année , la redoute vous rhabille !

Vous ne verrez plus cette photo car elle a été retirée illico presto, pourquoi? Voyez-vous ce qui cloche?

La question reste, une erreur ou un coup de pub bien réussi?

A vous de juger!

Violation de sépulture ? La Dame aux camélias exhumée par Franz Castorf au théâtre de l’Odéon à Paris

Prélude

Dix  francophiles britanniques non seulement érudits mais aussi  ouverts d’esprit   et en quête d’un plus de culture française viennent de vivre une aventure qu’ils ne sont pas prêts d’oublier.

Ce qui ne devait être qu’une simple sortie culturelle ce samedi 7 janvier à Paris s’est terminé par une séance délirante de psychanalyse de groupe autour d’une table à l’intérieur du café Le Buci.

Tout a commencé en septembre quand ils ont décidé de se rendre en groupe à Paris en début janvier pour le temps d’un long weekend. Objectifs: voir une pièce de théâtre typiquement  française, jouée par des acteurs professionnels et de renommé dans un théâtre de la capitale et en profiter pour se faire quelques expositions temporaires intéressantes du moment.

Le Petit Prince de la Comédie Française, pièce alléchante pour le groupe  étant complet, la Dame aux camélias alors à l’affiche de l’Odéon attira leur attention. Après tout son auteur Alexandre Dumas fils, certes moins connu que son père  et   ses Trois Mousquetaires, aura été immortalisé grâce à  cette pièce de théâtre que  l’opéra de Verdi La Traviata  rendra célèbre dans le monde entier. Bien que l’histoire soit quelque peu connue, tous s’empressèrent d’acheter le livre afin de se familiariser avec le texte.

Jusqu’ici tout allait bien.

Malencontreusement ou commodément, personne ne songea à rechercher sur Google qui était ce Franz  Castorf, metteur en scène de la pièce. Le théâtre de l’odéon étant un des cinq théâtres français les plus prestigieux, sans être particulièrement naïfs, étant conscients que  l’histoire artistique française est ponctuée de disputes plus ou moins féroces,  rien ne nous laissait penser qu’un spectacle aussi libertaire puisse  y être joué.

Une quinzaine de jours avant la représentation, l’odéon nous envoie par courriel un document pédagogique de 50 pages  remarquable. Avec le premier indice précurseur de ce qui nous attendait: La Dame aux camélias- Création.

Cet ajout "création"  suivit de l’introduction ci-dessous nous mirent  la puce à l’oreille.

Pour ré-explorer la figure de la Dame aux camélias, Frank Castorf est retourné à la source, il a choisi de travailler à partir du roman ; première version de l’histoire avant même sa réécriture en 1852 pour l’adapter à la scène » .

L’auteur de ce dernier, visant à préparer  le public à l’adaptation-création dite "sulfureuse" de Castorf, prend alors grand soin de nous plonger dans une analyse minutieuse et intelligente passant en revue le destin du livre du même nom, le contexte politique et social  de l’époque ainsi que le cheminement intellectuel du metteur en scène. Cheminement qui justifierait  sa réinterprétation  à travers  ses auteurs, dramaturges  et cinéastes fétiches: George Bataille, Roland Barthes, Heiner Muller , Klossowski, Dostoïevski, Boulgakov, Tennessee Williams, Eugene O’Neil, Sartre et Ibsen  Wadji Maouwad et les nouveaux vaguistes comme Jean-luc Godard.

Selon ce même document, le metteur en scène  prétendrait avoir fait le deuil du théâtre politique qui le rendra célèbre en Allemagne et dans le monde au profit  du théâtre d’actualité.  A la recherche d’idées nouvelles, Castorf semble avoir  ajouté à son répertoire d’influences artistiques  Guy Debord et sa société du spectacle dont on parle à nouveau et qui est au gout de jour.

Ayant lu l’intégralité de cette excellente compilation de textes d’auteurs,  il était clair que son adaptation risquait d’exploser le texte original. L’ambition de Castorf est de  mélanger  textures,  genres  et  perspectives intellectuelles. Au menu, une sorte de  voyage international dans le texte original en passant par la vie des Dumas, traversant  les mœurs et la pensée de l’époque,  tout en rencontrant au fil du voyage des personnages plus saugrenus les uns que les autres ayant analysé et revu le texte ainsi que les thèmes présents dans le roman.   Quelle ambition et quel défi !

Comment allait-il  réinventer l’histoire de la Dame aux camélias à travers ces nombreuses interprétations textuelles? Quelle approche allait-il  adopter pour traduire ce collage rocambolesque sur scène?    Tout cela semblait néanmoins fascinant. Après tout, une des missions de l’art n’est-elle pas de revisiter l’ancien  pour lui donner un sens nouveau? Bref, tout s’annonçait bien et nous  attendions avec enthousiasme  un travail de déconstruction et de reconstruction subtile et intelligente.

Extraits du document pédagogique :

Alexandre Dumas fils en 1848 écrivait dans le roman précurseur de la pièce :

« Marguerite assistait à toutes les premières représentations et passait toutes ses soirées au spectacle ou au bal. Chaque fois que l’on jouait une pièce nouvelle, on était sûr de l’y voir, avec trois choses qui ne la quittaient jamais, et qui occupaient toujours le devant de sa loge de rez-de-chaussée : sa lorgnette, un sac de bonbons et un bouquet de camélias. Pendant vingt-cinq jours du mois, les camélias étaient blancs, et pendant cinq ils étaient rouges ; on n’a jamais su la raison de cette variété de couleurs, que je signale sans pouvoir l’expliquer, et que les habitués des théâtres où elle allait le plus fréquemment et ses amis avaient remarquée comme moi.

On n’avait jamais vu à Marguerite d’autres fleurs que des camélias. Aussi chez Mme Barjon, sa fleuriste, avait-on fini par la surnommer la Dame aux camélias, et ce surnom lui était resté.

Je savais en outre, comme tous ceux qui vivent dans un certain monde, à Paris, que Marguerite avait été la maîtresse des jeunes gens les plus élégants, qu’elle le disait hautement, et qu’eux-mêmes s’en vantaient, ce qui prouvait qu’amants et maîtresse étaient contents l’un de l’autre.

 Parlant de la déception sentimentale et du désir de vengeance Heiner Muller écrivait en 1982

« Avec les dents de mes chiens je veux arracher de ta chair souillé la trace de mes larmes, ma sueur, me cris de plaisir. Avec les lames de leurs griffes tailler dans ta peau ma robe de mariée. Ton haleine, qui a le goût des cadavres des rois, la traduire dans la langue du tourment qui est l’apanage des esclaves. Je veux manger ton sexe et engendrer un tigre qui dévore le temps dont les horloges battent mon cœur vide traversé par les pluies tropiques. »

 Je ne mettrai pas dans cette critique l’extrait de George Bataille tiré de l’histoire de l’œil pas par pudeur mais par crainte d’offenser nos jeunes lecteurs  les encourageant toutefois  à faire des recherches sur cet auteur qui ne manque pas d’intérêt.

La pièce: le sens? Quel sens?

Ce que nous avons vu, nous a laissé  perplexes  et abasourdis.

Le décor et les costumes sont très réussis et la présence d’animaux sur scène ajoute au réalisme à la pièce.

Le jeu des acteurs est titanesque. On leur demande l’impossible et ils le livrent corps et âmes  perdus au risque de perdre leur vie.

Seule critique, la diction de la déclamation des textes semblent pour la plupart artificielle et forcée, fatiguant l’oreille après quelques heures.   Nous sommes, en Angleterre, habitués à La Méthode  qui, nous le savons, est souvent montrée comme une technique de jeu particulièrement  naturaliste en opposition à un jeu plus figuratif que favorisent traditionnellement les acteurs français.

Il nous a aussi semblé que l’objectif primaire de Castorf n’était pas d’exposer avec violence et pertinence et sans pudeur les contrastes sociaux, la  pauvreté, la dépravation de l’époque et des moeurs mais plutôt de se venger d’un public qu’il méprise, de le bouleverser, de le tourmenter en cassant brutalement et bruyamment dans la première partie du spectacle des repères et marqueurs sociaux probablement considérés trop bobos pour le metteur en scène. Mettre en scène  la  perversion et le sadomasochisme de l’homme et de la femme, y ajouter un peu d’humour et de sexe pour relever le tout en perdant le spectateur dans une jungle de références culturelles est-il une recette à succès ou une manière de frimer?  Nous supposons que le succès n’est pas ce que recherche Castorf. En tout cas, il a certainement réussi  à perturber un groupe issu du New Bloomsbury set et habitué à être bousculé intellectuellement et pour qui le théâtre français a perdu un peu de sa gloire. Heureusement, il  reste encore  en France quelques formes artistiques dignes de figurer dans l’immense patrimoine culturel national et international. Quel soulagement!

"La salle s’est vidée, jamais vu le Théâtre de l’Odéon aussi vide. A la fin nous n’étions plus qu’une quinzaine au balcon. A s’accrocher pour tenir. La balustrade s’en souviendra de nos ongles dans le bois pour ne pas quitter la salle. Chemin de croix, durée: 3h45. Je défie quiconque d’aimer ce spectacle sans que ce soit une posture. Et je les attends les critiques, celles des intellectuels qui sauront m’expliquer le pourquoi de ce grand déballage de vacuité. Faites quelque chose. Sauvez Castorf, sauvez sa Dame aux camélias! Rendez-moi mon amour. Donnez-moi la preuve que je me trompe. Réanimez-moi." écrit sOlenn sur son blog en réponse à ScèneWeb.Fr.  Allez y jeter un coup d’oeil, cela en vaut la peine.

Quand à Télérama qui généralement aime en décalage , voici ce qu’ils en pensent:

"Le choc des textes, des images et de “La Traviata” produit des trouvailles loufoques. Mais c’est malheureusement la surcharge qui domine le plus souvent, dans un chaos trash où l’on ne comprend pas grand- chose. Ça ne décoiffe pas et ça ennuie beaucoup, même si Jeanne Balibar, en personnage multiple et énigmatique, donne avec liberté et audace toutes les couleurs de sa palette."

J’attends la critique individuelle de chaque membre du groupe que je posterai plus tard.

Pour ceux qui serait tentés par ce spectacle qui se joue en ce moment à Paris, SQP conseille vivement de lire attentivement non seulement le document pédagogique mais aussi cet article publié dans le New York Times.

Voici la première critique du groupe:

Last week I joined a group of friends on a cultural trip toParis, bag in hand with a long list of things to do and places to visit within 48 hours.

Everything was fine but I was not prepared for our trip to the world famous ‘Odeon’ theatre to see the premiere of the Alexandre Dumas play ‘La Dame aux Camelias’.

Having seen the opera ‘La Traviata’ on which it was supposed to be loosely based I thought I had a vague idea of the plot but witnessed something quite different.

I asked myself…..was I too naive? too ‘english’ ? too bourgeoise? I felt a little uncomfortable but I am sure that was what the director Frank Castorf wanted me to feel. I am not a prude, but I was subjected to nudity, necrophilia , actors trying too hard forcing their lines.

I couldn’t help feeling that it was like watching a David Lynch film which you could never understand as you were going nowhere without any direction.

The play took you to the edge and that was where you stayed always a spectator looking in from the outside but never quite understanding.

However amongst all the chaos the production was compulsive and I was keen to sit the second half but somehow another two hours of yelping women and cross dressed Andre made me think twice.

At the beginning I could understand the symbolisim depicting the courtesan women nothing more then ‘hens in a coup" but that was soon lost.

I loved the sets and the costumes but alas by the first half I had had enough.

I am really glad I went to see this play………sometimes it is important  to come out of your comfort zone!