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Pourquoi la France refuse de payer la facture de la crise.

La France est dans la rue, 3,6 millions de manifestants le mercredi 13 octobre selon les syndicats. Une série de grèves et de manifestations populaires risquent de paralyser le pays comme en mai 68. Les pompes à essence sont déjà à sec.

Le Président Sarkozy est probablement prêt à faire intervenir l’armée et les chars d’assauts pour rétablir l’ordre et empêcher une paralysie complète du pays .  Sa conviction est telle, que la pression populaire sera anéantie par tous les moyens. L’ordre et la sécurité sont de rigueur dans un pays qui se veut développé.

La rue commence à se faire entendre

La rue est-elle  sur le point de prouver au gouvernement et au reste du monde que  si un gouvernement peut adopter des mesures que le peuple trouve injuste, ce même peuple a le devoir et droit de l’arrêter?

La conduite de notre président et de son entourage ont malheureusement attisé le feu de la colère populaire:

1. Les signes extérieurs de richesse revalorisés par le président et sa cour

2. Le bouclier fiscal

3. Un mariage digne d’une série américaine de troisième catégorie

4. Le scandale de "l’affaire Bettencourt"

5. le Fouquet’s symbole de l’idéologie du pouvoir par l’argent

6. le manque de transparence dans le plan de sauvetage des banque…

Les Français seraient-ils des inconscients ou tout simplement des imbéciles qui ne comprennent pas la gravité de la situation?

Si le pays ne peut pas survivre sans ses banques, ses paradis fiscaux, son élite dirigeante qui comprend comment gérer un pays, la France peut-elle survivre sans le labeur du peuple dont le travail est la réelle source de richesse? Or, ils semble que les politiques auraient l’audace de  demander à ce même peuple, producteur de richesse nationales, non seulement de travailler plus longtemps, mais aussi travailler plus, dans des conditions moindres et cela pour gagner moins.  De telles sacrifices ne seraient pas imposés si clairement aux institutions financières qui les jugeraient non seulement méprisables mais aussi tout à fait contournables si toutefois proposées et le bouclier fiscal en est malheureusement la preuve irréfutable.

Voici l’éditorial intitulé dans le"Haute société, Bas-Empire" qu’écrivait en août,  Sege Halimi dans le Monde Diplomatique

Une rafale de révélations suscite la stupéfaction en France.

Des dirigeants politiques côtoieraient en permanence — et en bonne amitié — hommes et femmes d’affaires. Les seconds financeraient les partis des premiers. Ils obtiendraient en échange une réduction appréciable du taux de leurs impôts. Plus renversant encore, la baisse de la fiscalité sur les hauts revenus (près de 100 milliards d’euros en dix ans) aurait surtout avantagé… les hauts revenus, protégés depuis 2006 par un « bouclier » conçu à cette intention. Enfin, soucieux d’éprouver par eux-mêmes les rigueurs de la nouvelle loi commune, les gouvernants (et leurs familles) seraient plus nombreux à se reconvertir dans les affaires que dans le syndicalisme.

Ainsi, l’« affaire Bettencourt » a rendu visible ce qui l’était déjà . En avril dernier, les journalistes d’investigation dormaient-ils donc, et les professeurs de vertu avec eux, quand Mme Florence Woerth décrocha un poste d’administratrice chez Hermès, elle qui se consacrait déjà — sans que cela provoque le moindre émoi — aux finances de Mme Liliane Bettencourt, troisième fortune de France ? M. Eric Woerth avait réagi ainsi : « Je suis ministre de l’égalité hommes-femmes, j’aurais bien tort de vouloir freiner la carrière de ma femme, (…) parallèle à la mienne »(AFP, 21 avril 2010). Nul ne le soupçonnait vraiment de contrarier l’épanouissement professionnel de sa femme, mais personne ne s’alarma non plus du « parallélisme » ainsi tracé entre le parcours d’une gestionnaire de grande fortune soucieuse d’« optimisation fiscale » aux Seychelles et celui d’un ministre du travail qui s’apprêtait à amputer la retraite des ouvriers. Tout cela, c’était avant l’affaire Bettencourt. Les rapports entre argent et pouvoir étaient exactement ce qu’on en révèle aujourd’hui. Mais, à l’époque, tout allait bien…

L’impact du « scandale » actuel tient peut-être à des détails qui tuent : un jeune et ambitieux secrétaire d’Etat à l’emploi qui profite d’un voyage officiel à Londres pour supplier des gestionnaires de fonds spéculatifs de la City de financer son groupuscule, baptisé Nouvel Oxygène ; un taux d’imposition des revenus se situant entre 1 % et 6 % par an  dans le cas de Mme Bettencourt (le bouclier fonctionne…) ; une journaliste vedette qui décroche un entretien sur TF1 avec la propriétaire de L’Oréal en précisant : « Je la connaissais pour avoir dîné avec elle et son mari chez des amis communs. Il nous arrivait aussi de nous croiser à l’occasion d’expositions. »

Pour que cette affaire tentaculaire devienne le « collier de la reine » de l’oligarchie française, il faudrait cependant, au minimum, qu’elle débouche sur la fin des pantouflages entre public et privé, sans oublier les « ménages » des journalistes qui ont ainsi contractualisé leur connivence avec l’argent. Le brouhaha du dernier mois n’aura en revanche servi à rien si l’espoir de purifier une atmosphère de Bas-Empire conduit à porter à l’Elysée un frère siamois de M. Nicolas Sarkozy. Comme, par exemple, le directeur général du Fonds monétaire international . Les grandes fortunes célébreraient la victoire d’un socialiste d’affaires dans un autre Fouquet’s. Et tout recommencerait.

Serge Halimi

La souveraineté des marchés  a-t-elle tous les droits?

La dette doit-elle être  repayée à n’importe quel prix,  y compris celui du sacrifice des avantages sociaux, piliers du succès de nos démocraties , car eux aussi  ont contribuer à l’augmentation de la consommation et à la prospérité de nos pays?

La dette doit-elle être repayée le plus vite possible, par les plus démunies? Car eux aussi ont obtenu le droit et les devoirs de vivre mieux et plus longtemps?

Peut-être la France représente-t-elle l’enfant gâtée et capricieuse de l’Europe comme s’évertue nos amis Anglais et Américains de nous le rappeler?

Cash for trash ou le dérapage du libéralisme

Rosbif, l’ultra libéral membre de SQP vient de m’envoyer un article très intéressant du TIME US intitulé "How we became the United States of France" dans lequel le journaliste Saporito fait, avec beaucoup d’humour, le triste bilan de l’économie américaine.  Selon le fameux" Américan dream", tout Américain  aurait les mêmes chances d’accéder à la fortune et à la propriété à condition de travailler dur… Résultat, seulement 15 jours de vacances par an, plusieurs boulots pour payer non seulement les factures de sécurité sociales, mais encore les emprunts hypothécaires pour la maison qu’il a acheté à un  prix exhorbitant, ou encore pour payer les études de sa progéniture dans des universités si chères qu’elles sont quasiment impossible d’accés à l’américain moyen sans endettement supplémentaire. "Société des propriétaires" oblige ! 

"Our Social Security system is going broke … How long before we have national health care? Put it all together, and the America that emerges is a cartoonish version of the country most despised by red-meat red-state patriots: France. Only with worse food"

"You just know the Frogs have only increased their disdain for us, if that is indeed possible. And why shouldn’t they? The average American is working two and a half jobs, gets two weeks off and has all the employment security of a one-armed trapeze artist. The Bush Administration has preached the "ownership society" to America: own your house, own your retirement account; you don’t need the government in your way. So Americans mortgaged themselves to the hilt to buy overpriced houses they can no longer afford and signed up for 401(k) programs that put money — where, exactly? In the stock market! Where rich Republicans fleeced them."

Cette égalité des chances  vient de rencontrer un obstacle de taille. Dans cette ruée vers la fortune, toutes les régles du capitalisme libéral ont été brûlées une à une.   Le monde de la finance a fini par créer un monstre incontrôlable qui engloutit banque après banque. 

Il y a deux jours, la chambre des représentants américains a rejeté le plan Paulson de sauvetage, 228 voix contre et 205 voix pour. Cette intervention de l’Etat dans le secteur privé, sans précédent dans l’histoire américaine, visait à racheter les actifs douteux des banques en difficulté du fait de la crise immobilière.   Ces vendeurs de rêves, avec une vituosité sans précédent, cette fois-ci,  ont , en plus des spéculateurs traditionels, plumé les veuves, les orphelins, les sans abris et les chômeurs (Ninja) et les handicappés sous prétexte que le libre accés à la propriété était l’ascenseur de la réussite sociale et du bonheur.  A la seule différence que pour ces magiciens de la finance, la récession n’aura aucun effets adverses.  En créant un système si compliqué que personne n’y comprenait plus rien, sinon que ce n’était pas important d’y comprendre quelque chose, ils se sont fait une place au soleil, à la droite de Dieu…  Indéniablemnt, ces vendeurs de rêves ont vu la crise arriver depuis un certain temps, s’étonnant même qu’elle ne soit pas arrivée plus tôt.  Ils ont eu le temps de couvrir leur retraite.   Personne ne doute aujourd’hui qu’un plan de sauvetage sera voté, ce n’est qu’une question de temps.    Comme écrit Saporito "The élite serve the élite. How French is that?" 

Je n’ai pas la prétention de comprendre très clairement les mécaniques complexes de la haute finance et vous référe à un éminent économiste Jacques Sapir et à son blog "Changement de Société" sur lequel il explique la crise de ces derniers jours dans un article "Sept jours qui ébranlèrent la finance".   Bien que la description caricaturale de la France au travail de Saporito soit drôle, elle fait ressortir une certaine fustration et peut-être même une petite jalousie d’une nation qui ne comprend plus le concept de "qualité de vie" et encore moins celui "d’art de vivre" que la France, risée des Américains et Britanniques tente d’exporter depuis plus de deux cents ans.

"We’ve always dismissed the French as exquisitely fed wards of their welfare state. They work, what, 27 hours in a good week, have 19 holidays a month, go on strike for two days and enjoy a glass of wine every day with lunch — except for the 25% of the population working for the government, who have an even sweeter deal. They retire before their kids finish high school, and they don’t have to save for $45,000-a-year college tuition, because college is free. For this, they pay a tax rate of about 103%, and their labor laws are so restrictive that they haven’t had a net gain in jobs since Napoleon. There is no way the French government can pay for this lifestyle forever, except that it somehow does."

Mesdames et messieurs, faites vos jeux !