La cuisine française est considérée comme l’une des plus importantes dans le monde. Mais n’est-elle pas en train de se ringardiser?
Gill nous fait un petit historique de l’évolution de la cuisine en France. Elle nous explique comment nous sommes passés d’une cuisine basique et sans intérêt à une obsession nationale qui porte ses fruits dans son histoire politique.
Peut-on parler vraiment d’une démocratisation de la gastronomie ?
Des racines ou des ailes?

Jusqu’au douzième siècle, la nourriture quotidienne de l’homme était répétitive et on servait pour le repas de la viande et des légumes cuits.
Les légumes à racines comestibles étaient réservées à la consommation populaire et les légumes et fruits de surface, plus « aériens », donc plus proche du soleil, étaient réservés pour les élites!
Toutes les couches sociales respectaient les règles de l’Eglise et s’abstenaient de consommer de la viande trois jours par semaine. Hors saison, la plupart était séchée, ou conservés avec du sel ou du miel.
A table tous le monde !

La cuisine nationale a commencé à se former au Moyen Age grâce à l’influence des chefs de cuisine très compétents et pendant les différents mouvements sociaux et politiques qui ont bouleversé l’histoire du pays. Désormais, manger en public constitue la marque du pouvoir. C’est seulement au cours de somptueux banquets servi à l’Aristocratie que les plats les plus élaborés se sont développés. En revanche, à l’époque tous les plats étaient servis à table en même temps; la viande et le poisson sur un grand plat, avec des sauces lourdes, accompagnées de gâteaux. On les découpait en morceaux avec un couteau et on les mangeait avec les doigts.

Chaque deux ans, le village de Mecquignies et Madame Toilliez organisent une fête médiévale au cours de laquelle un banquet médiéval est servi.

Le cuisinier le plus important dans cette période était Guillaume Tirel" Guillaume Tirel qui a servi dans les cuisines royales au cours du quatorzième siècle , sous le règne du roi Charles VI de France.

Il est l’auteur du fameux Viandier considéré comme le plus ancien livre de recettes françaises. (voir recette)
Des pâtes, des pâtes … oui mais des Panzani (bis) !

En 1533, à l’âge de quatorze ans, Catherine de Médicis, épouse Henri d’Orléans, le futur roi de France. Issue d’une famille de banquiers à la tête de la république florentine, la nouvelle reine ramène en France des cuisiniers et des pâtissiers florentins qui vont transmettre leur savoir faire de la cuisine italienne au pays de Navarre - les pois, les artichauts, le canard à l’orange, et la Carabaccia ( une soupe à l’oignon).
Le sucre, encore utilisé beaucoup plus comme épice avec de la viande et le poisson dans le style médiéval, était réservé pour des desserts. Ces cuisiniers italiens ont apporté leurs secrets de le pâtisserie; la frangipane, les pâtisseries sucrées, et surtout les macarons. En 1581, à Joyeuse en Ardèche, le macaron rapporté de la cour du roi Henri III où Catherine de Médicis, mère du roi, l’y fait servir lors des noces du Duc Anne de Joyeuse. Le Macaron de Joyeuse est à base d’amandes et entièrement craquant et croustillant.
Catherine a également apporté avec elle la nouvelle présentation de table de protocole français. Les fourchettes venues d’Italie se sont répandues et les nouvelles manières de table sont nées. LaFrances’ouvre à l’influence italienne
La cuisine française assimilait de nombreux nouveaux produits alimentaires à partir du Nouveau monde. Avec les grandes découvertes, de nouveaux aliments: la dinde, le chocolat, le café, le thé, la pomme de terre, la tomate, la courgette, les cuisiniers français ont amélioré et agrandie la contribution de Florence. Le plat régionaux, appelé “le Cassoulet de Castelnaudary”, a ses racines dans le découverte des haricots.

Au cours du dix-septième siècle, à l’époque de Louis XIV, connu pour sa gourmandise, les fondations de la haute cuisineétaient solidement établies.
De Napoléon à Sarkozy
Le père de ce changement de la ville médiévale à la ville moderne est le célèbre chef François Pierre La Varenne , le chef notable de Napoléon. La Varenne recommande de renforcer la saveur naturelle des produits en laissant les plats fortement épicé. Cumin, gingembre, safran, muscade, cannelle, cardamome font place aux fines herbes, comme le persil, le thym , le laurier , l’estragon, le cerfeuil et la sage qui font leur percée comme condiments.
Les cuisiniers mettent aussi tous les légumes en valeur, même les légumes à racinescomestibles (à l’inverse de ce qui s’était passé au Moyen Âge) sauf la pomme de terre, considérée en Francecomme un aliment pour bétail jusqu’en 1772. Grâce aux travaux d’Antoine Parmentier, la Faculté de Médicine deParis a reconnu que ce tubercule était sans danger pour l’homme!
Des guildes aux associations, corporations de métiers, sociétés et confréries
A cette époque, Paris était le haut lieu de l’activité économique, et les artisans culinaires s’y retrouvaient sur les marchés à Paris, comme les Halles, qui étaient très importantes pour la distribution de la nourriture. Mais à Paris, les “guildes” ou associations étaient contrôlées par l’administration municipale et la Couronne, qui restreignaient les cuisiniers dans une branche de l’industrie culinaire pour ne fonctionner que dans ce domaine. (les bouchers, les poissonniers ou les boulangers et les pâtissiers).
A la Révolution, les guildes étaient abolis et les chefs de cuisines qui avaient perdu leur travail par l’exode de leurs maîtres ouvrent des restaurants où ils servent des “bouillons“. A base de viande et de légumes, les bouillons étaient alors servi aux personnes de santé fragile qui "restaurent", l’origine de le mot “restaurant “.
Du Champ d’Oiseau au Fouquets.
Le premier restaurant “Champ d’Oiseau” a été ouvert à Paris vers 1765 par un cafetier nommé Boulanger- le premier à proposer de la nourriture sur table individuelle, à toute heure du jour. Vingt ans plus tard, une centaine de restaurants fréquentés par la bonne société sont ouverts, regroupés autour du Palais-Royal.
Né en 1789 à Paris , Marie-Antoine Carême est un pâtissier et un chef de cuisine française de renom. Connu comme “ le roi des chefs de cuisine et le chef des rois”, il est le premier à porter cette appellation de “chef" de cuisine. Il est considéré comme le fondateur de ce style de la haute cuisine, recherché à la fois par les cours royales et les nouveaux riches de Paris. Il est l’un des premiers cuisiniers à avoir acquis une renommée internationale. Il a bien été influencé par les idées de Catherine de Médicis.
Carême ouvre sa première boutique, la Pâtisserie de la rue de la Paix, Paris, ou il devient célèbre pour ses pièces montées, inspirées des temples et des pyramides en prenant ses idées dans les livres d’histoire de l’architecture. Carême a publié une classification de toutes les sauces en quatre groupes de base : l’allemande, la béchamel, l’espagnole et le velouté. Et on lui doit la création de “la toque” en 1821.
Au vingtième siècle, “L’empereur des cuisiniers “, Auguste Escoffier, va être le chef de cuisine du Grand-Hôtels de Monte Carlo , Londres, paris et New York. Il modernise et codifie la grande cuisine crée par Carême. “Le cuisinier doit être propre, méticuleux, ne buvant pas, ne fumant pas, ne criant pas “. Escoffier est le créateur de la pêche Melba, de la poire Belle-Hélène et des crêpes Suzettes.
En 1850, "Les Petits-Paris" publient les bonnes adresses de restaurants. Destiné aux premiers automobilistes, le guide rouge Michelin naît en 1900 et devient rapidement la référence en matière de gastronomie.
La première édition du Larousse gastronomique date de 1938. Elle est rédigée par le chef cuisinier Prosper Montagnéavec la préface d’Escoffier.
La nouvelle cuisine
La Nouvelle Cuisine a profondément été influencée par le travail d’un des grands chefs cuisinier français, Fernand Point et dans les années 70, par Michel Guérard, un cuisinier français qui a grandement contribué à la développer et à la faire connaître. Ce nouveau type de cuisine à été popularisé par deux critiques gastronomiques Français, Henri Gault et Christian Millau qui ont voulu créer un style plus simple, ou les portions servies sont restreintes, et chacun des cinq sens est stimulé, particulièrement le visuel. De plus en plus, cette tendance se partage et se savoure de diverses façons, par les gourmands et gourmets du monde entier
Aujourd’hui, en France, il y a de nombreux grands plats qui sont considérés comme faisant partie de la cuisine nationale. Beaucoup viennent de la haute cuisine, mais d’autres sont plats régionaux qui sont devenus une norme dans tout le pays. Comme la galette Bretonne, les œufs à la Dijonnaise, les escargots de Bourgogne, le bœuf Bourguignon, l’andouillette de Troyes, le pâté de canard d’Amiens, les moules à la provençale, la bouillabaisse, le Gratin Dauphinois………Beaucoup de plats régionaux, à l’origine, se sont également multipliés à travers le pays avec quelques variations d’une région à une autre.
Les produits agricoles comme le fromage, le vin, la viande, occupent une place d’exception dans la cuisine française, avec de nombreux produits régionaux, qui portent un label qualitatif comme l’ appellation d’origine contrôlée (AOC) ou l’indication géographique protégée.
Un groupe de chefs et gourmets, avec l’approbation du président Nicolas Sarkozy , a fait valoir que la cuisine française avait été inclus dans la liste des patrimoines culturels immatériels de l’humanité, la reconnaissance enfin de l’Unesco déclarée officiellement le 16 novembre de 2010.
Le "Viandier" de Taillevent de Guillaume Tirel ,
Une recette de 1515
TARTRE DE POMMES
Despecés par pièces et mises figues et raisins bien nectoyés et mys parmy les pommes et figues et tout meslé ensemble et y soit mys de l’oignon frit au beurre ou a l’uyle et du vin et le par des pommes broyés et destampés de vin et soient assemblées les autres pommes broiés, mises avec le surplus et du saffran dedens ung peu de menues espices, synamome et gingembre blanc, anys et pyguriac, qui en aura; et soient faictes deux grans abaisses de paste et touts les mistions mises ensemble, fort broiées à la main sur le pasté bien espès de pommes et d’aultres mistions et après soit mis le couvercle dessus et bien couverte et dorée de saffran et mise au four et fait cuyre.