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Conte de noël insolite dans un hôtel de glace, en Laponie suédoise!

ICEHOTEL, Jukkasj??rvi, konstkatalog 2012/2013.

Art Suite Blue Marine 2012/2013. Artistes: Andrew Winch et William Blomstrand

Il était une fois, un architecte et sa femme, tous deux passionnés par l’aventure de la vie et par la mer. Ils décidèrent d’offrir au monde un cadeau éphémère qui symboliserait leur combat pour le respect de la nature et de la vie marine.

Et c’est en Suède, qu’ils se retrouvèrent en décembre 2012. Pas à la recherche du père noël, ni en quête d’ aurores boréales mais à Jukkasjärvi pour y accomplir une mission bien particulière.

Jukkasjärvi est un petit village de Laponie suédoise au nord du cercle polaire. Chaque mois de novembre,  un chantier bien singulier y voit le jour  : un hôtel de glace qui disparaîtra au printemps, emporté par le dégel, sort des entrailles de la banquise, à coup de pioche et de tronçonneuse.

Pendant trois semaines, armés d’épais gants, un casque vissé sur le bonnet bordé de fourrure, ces sculpteurs-architectes de l’Arctique, taillent, ajustent et assemblent des centaines de blocs de glace aux reflets bleutés, qu’ils transformeront en merveilleuses chambres de glace.

Les suites, au nombre de seize, sont chacune une oeuvre d’art unique créée par ces artistes venus des quatre coins de la planète, sélectionnés sur concours parmi une centaine de candidats.

Fin décembre, la cuvée 2012/2013 de ces oeuvres éphémères est rendue publique ainsi que leurs créateurs de génie.  Parmi eux, Andrew Winch et William Blomstrand ont conçu et réalisé Art Suite Blue Marine.

Andrew Winch Designs

L’hôtel compte aussi 49 chambres standard plus sobres. En guise de lit, des blocs de glace sont recouverts de peaux de rennes, nous a raconté Jane.

Un sac de couchage est fourni par la réception aux clients, qui reçoivent une attestation prouvant qu’ils ont survécu à une nuit à -7 degrés. Les températures peuvent descendre jusqu’à moins quarante dehors, mais jamais sous – 8 à l’intérieur, la glace isolant.

La journée, on se  livre aux joies des randonnées en raquettes dans la neige, on fait de belles balades en traîneau à chiens tout en découvrant les forêts enneigées autour de Jukkasjarvi, on patine sur la rivière glacée.

Puis, dans cette nuit qui semble éternelle,  observer le ciel étoilé et le magnifique spectacle des aurores boréales avec leurs couleurs bleues et vertes est une tentation irrésistible.

Épuisés par le froid et la beauté  glacée des lieux, on  se retrouve le soir dans une chambre dotée d’un magnifique lit de glace sculptée . Là, à  la grande surprise de tous, on finit par s’endormir sur un confortable matelas en peau de renne, bien emmitouflés sous des couvertures de fourrures.

Le dégel et la fin de l’histoire.

Tristement, chaque histoire a sa fin sur cette planète !  Cinq mois plus tard, avec l’arrivée du printemps, quand les journées rallongent jusqu’au soleil de minuit, ces créations uniques disparaissent sous les caresses de la chaleur pour ne laisser qu’un souvenir lointain, immortalisé par de rares photographies et chérit par les heureux qui comme Ulysse ont voyagé au fond  de la nuit.

Résolutions !

En apprenant bien mes leçons,

En m’appliquant à mes devoirs,

Je sortirai des grand ‘s écoles,

Les poches pleines de diplômes,

Cheville enflée, tête farcie.

Serai-je un homme pour autant ?

Je n’aurai pas les souvenirs,

D’une sœur Anne en mironton,

D’oiseau de feu et d’oiseau lyre,

De neiges sur la tour prend garde,

Des saltimbanques de l’été

Les yeux brûlés par les étoiles

Des feux follets sur mille plages

Encore ouvertes à mes rêves.

Guy Morelle, poète et éternel.

Exception française, exception française, est-ce que j’ai une gueule d’exception française ?

 S’assurer que les mots et expressions que l’on utilise ont le même sens pour soi, que pour celui à qui l’on s’adresse est une précaution qui pourrait ultimement éviter une multitude de malentendus, voire de conflits inutiles. Or, il semblerait  évident que l’expérience de la vie au quotidien prouve que cela est virtuellement impossible.   En revanche, cette incapacité à donner au mot ou expression un sens universel a ça de bon qu’elle permet de ne pas supprimer les particularismes surtout quand on pense utiliser un mot d’origine étrangères dans sa propre langue.  

 

L’exposé qui suit est une illustration pratique de ce phénomène. SQP remercie Gay. pour avoir accepté de partager cette expérience avec nos lecteurs.

Ce n’est pas d’un  auteur, ni d’un compositeur, encore moins d’un roman ou  d’un film dont je voudrais vous parler, mais d’une expression  que de nombreux journalistes français utilisent souvent  sans en expliquer la signification, comme si elle allait de soi ou incarnait sa propre définition: “l’exception française”.

Francophile depuis des années, je l’ai entendue  pour la première fois  début 2012, lors une émission de Radio 4 diffusée par la BBC traitant des élections présidentielles françaises d’avril 2012.

Manifestation contre le mariage gay Paris le 13 janvier 2013

L’émission  s’intitulait tout bonnement “ l’exception française”, comme si l’expression coulait de source. Mais à quoi donc s’attendre ?  De quelle exception s’agissait-il ? Lacunes culturelles ? Expression fourre-tout ou  intertextualité pour politologues ? La question restait sans réponse. Allait-on nous parler de fromages?

Au fil de l’émission, épiant le moindre  indice, un semblant de définition, rien ne répondait aux attentes de l’auditeur dans le doute. On y évoquait seulement les raisons pour lesquelles M. Sarkozy allait perdre l’élection présidentielle ainsi que celles  pour lesquelles  les électeurs  non socialistes voteraient finalement  pour M. Hollande.   Jusque là, rien ne justifiait l’intitulé de l’émission.  L’expression avait-elle donc quelque chose à voir avec l’identité nationale face à la politique? Reflétait-elle  essentiellement l’image politique que les Français auraient d’eux-mêmes et qu’ils aimeraient inculquer au reste du monde.

Après quelques recherches sur l’attitude française vis-à-vis de la politique, la religion, la culture et l’éducation, afin d’assouvir ma curiosité, je décidai  de contacter des amis français pour en avoir le cœur net, et de tout simplement leur demander une explication. Saisissant l’occasion du séjour prévu par une de mes amis anglaise chez une connaissance de travail de son mari à Paris, elle m’assura qu’elle poserait la question à leur ami, retraité de l’OTAN.

A son retour, elle me donna un document, résultat de quelques heures de travail de cet ami, Monsieur P. dont en voilà le résumer.

“Tout d’abord il faut garder à l’esprit que depuis des siècles les Français pensent qu’ils sont un peuple à part, une exception en Europe et dans le monde.   Et de plus en France, chaque Français a d’ailleurs souvent un peu tendance à penser qu’il est une exception par rapport aux autres citoyens de son pays. Chaque région est un pays avec sa manière de vivre, de penser, de manger et de parler.

Comment se manifeste donc cette exception en France ?

Considérons dans un premier temps la Politique intérieure.

 

  • Les partis de gauche en France: 

Ces partis peuvent représenter une exception dans les pays occidentaux.

Les électeurs et les partis politiques de gauche comprennent des Socialistes qui peuvent être compares aux Sociaux-démocrates des autres pays européens (Labour au Royaume Uni, SPD en Allemagne, Socialistes des pays Nordiques) mais aussi des Socialistes plus durs, situés encore plus a gauche, pouvant s’allier à des Communistes (comme M. Mélenchon aux dernières élections présidentielles).

La France outragée!            La France brisée !               La France martyrisée !                        Mais en 2012, la France libérée !

Jean-Luc Mélanchon

Ces socialistes “durs” et la persistance d’un Parti Communiste (malgré la disparition de l’Union Soviétique) sont sans doute une exception française en Europe.   Leur existence est probablement liée à notre histoire mouvementée: révolution de 1789 ayant conduit à la mort du roi, répression de la Commune de Paris en 1871.

  • Les Syndicats

Essentiellement de gauche, ils ont une image assez proche de celle des partis de gauche.   La principale conséquence est que les discussions entre syndicats de travailleurs et l’organisation patronale sont rarement constructive.   La logique des syndicats est plus une logique d’affrontement qu’une logique de négociation constructive.   Au cours des siècles la France a toujours été difficile à reformer et les réformes ont souvent eu lieu dans une logique d’affrontement au cours de mouvements de type révolutionnaires.

  • La Culture

L’exception culturelle française est sans doute apparue après 1958 quand M. André Malraux, ministre de la Culture du Général de Gaulle, a organisé le soutien de l’Etat a différent domaines culturels: avance sur recettes pour les producteurs de cinéma, soutien aux différent festivals très nombreux en France, soutien aux théâtres.

Les différent gouvernements français, qu’ils soient de droite ou de gauche, ont part la suite soutenu l’idée que la Culture ne devait pas être considérée comme un objet commercial.   Dans les discussions internationales (GATT) ils ont réussi à conserver pour les gouvernements de différents pays (38 pays en 2007) la possibilité de limiter le libre-échange de leurs produits culturels pour protéger leurs activités culturelles.

  • La Laïcité

La laïcité est sans doute elle aussi une exception française.   Apres le début de la Troisième République (1870) la France a vécu dans les affrontements entre les partis républicains et des partis de droite défendant l’influence de l’Eglise catholique.

En 1905 une loi instaura la séparation entre l’Eglise et l’Etat.   Cette loi installait une conception laïque de la vie publique: chacun peut désormais exercer librement sa religion, mais cela ne doit pas interférer avec le domaine public;  la laïcité doit permettre aux diverses religions de s’exercer librement.   D’autres lois se sont avérées nécessaires par la suite, en particulier pour prendre en compte la place de la religion musulmane.

La politique d’immigration est une autre manifestation de cette fameuse exception française.

Dans la conception française, les étrangers s’installant en France doivent être intégrés à la Nation.

Cela s’est déroulé assez facilement avec les Italiens (vers 1930), les Espagnols (vers 1938) les Portugais (vers 1960: 1970).

C’est plus difficile avec les immigres provenant d’Afrique et du Maghreb pour différentes raisons: religion, culture, difficultés d’apprentissage dans les écoles (entre 6 et 12 ans) conduisant ensuite à l’échec  scolaire pour de nombreux jeunes.   Les difficultés économiques liées à la crise rendent l’intégration de ces  jeunes très difficile.

La  politique d’intégration des immigrants pratiquée en France, par opposition à la politique de communautés (USA, Royaume Uni) est une exception française. »

Vue de cette manière l’expression commence à avoir du sens.

Quelques exemples notoires illustrent en ce moment cette exception française.

Tout d’abord, il y a l’affaire dites « du  pain aux chocolat » de J-F Copé, qui n’en finit pas de frayer la chronique. Suite à la déclaration suivante du nouveau chef de l’UMP la presse est déchainée :

« Il est des quartiers où les enfants ne peuvent pas manger leur pain au chocolat car c’est le ramadan ».

L’exception française y fait rage ! La laïcité, loi invisible mais omniprésente  interdit à toute personnalité politique de faire un amalgame regrettable entre politique et religion.  La politique et la religion sont, par principe républicain, séparés et quiconque enfreint cette règle élémentaire, le paie tôt ou tard. M. Sarkozy en avait fait les frais lors d’un discours au palais du Latran en 2007. Discours dans lequel, il déclarait fièrement que le rôle du prêtre était plus important que celui de l’instituteur. http://www.courrierinternational.com/article/2009/12/09/sarkozy-cherche-a-corriger-le-tir

http://www.lemonde.fr/politique/article/2007/12/21/discours-du-president-de-la-republique-dans-la-salle-de-la-signature-du-palais-du-latran_992170_823448.html

 

Voilà ce qu’écrit Carole Bienaimé-Besse ( http://www.huffingtonpost.fr/carole-bienaimebesse/industrie-cinema-france_b_2430105.html)  dans sa tribune pour le Huffington Post France ce mercredi 9 janvier 2013, alors qu’un des  festivals de film les plus prestigieux vient de choisir  les heureux lauréats pour la remise des Golden Globes 2013. Cet article, que SQP vous met dans son intégralité,  illustre parfaitement l’attitude exceptionnelle de la France face aux arts et à la culture.

Exception française ou pas ?

En 2013, on en finit avec l’exception culturelle?

En ce début d’année, une bonne résolution s’impose : en finir avec malentendus sémantiques, cinématographiques et audiovisuels !

On arrêtera par exemple de se draper dans le concept de l’Exception Culturelle Française, sans prendre le temps de lui redonner tout son sens et de la reconnecter avec la réalité. On l’élargira aussi à l’Europe et on lui préfèrera les notions de Création, de Diversité Culturelle, comme les ont défendues avec force, les douze Ministres Européens de la Culture -notre Ministre en tête- à Bruxelles en novembre dernier. Lors d’un conseil des Ministres de la Culture, ils étaient venus soutenir la création dans toute sa diversité, les créateurs et la mise en place de politiques culturelles ambitieuses adaptées aux enjeux actuels et à chaque pays. Vouloir défendre la création est universel, vouloir l’enfermer dans un concept exceptionnel n’est plus adapté au monde dans lequel nous vivons. Vouloir imposer une diversité des talents, des contenus et un respect des créateurs, dans un monde délinéarisé, a plus de sens.

On n’utilisera pas le terme Bankable sans avoir pris quelques précautions. Dans les pays anglo-saxons on qualifie de bankables les personnalités qui ont eu la capacité de faire multiplier leur mise de façon vertigineuse. De rapporter aux producteurs qui les ont engagées, plus qu’elles ne leur ont coûtées. Ainsi selon Forbes en 2012, pour $1 de salaire versé, Natalie Portman, a eu la capacité d’en rapporter $42.70 aux producteurs ou studios qui ont fait appel à elle. Les comédiens bankables ne sont pas forcément les mieux payés d’Hollywood, comme en attestent les salaires de Tom Cruise $75M, Leonardo Di Caprio $34M et de Adam Sandler $37M, qui ont été les acteurs les mieux payés l’année dernière. En revanche, les acteurs bankables sont indéniablement les plus rentables : Natalie Portman ($42.70 pour $1), Kristen Stewart ($40.60 pour $1), et Shia LaBeouf ($35.80 pour $1).

En France, utilisé à tort, le terme bankable a un tout autre sens. Il désigne les vedettes, les acteurs superstars, sans que cela ait un lien avec leur rentabilité ! Que l’on se rassure tout de même, leurs salaires, même élevés, restent très très éloignés de ceux des américains.

On fera également attention à ne pas commettre d’impair quand on s’adressera à un producteur américain. Executive Producer signifie, executive, au sens de dirigeant. C’est lui le patron ! Patron de studio, de société, de production ou investisseur, c’est lui qui produit et initie un film. C’est lui qui investit aussi et c’est à lui qu’appartient le film une fois terminé.

En France, le Producteur Exécutif est peut être producteur mais il reste un exécutant qui répond au Producteur Délégué (l’équivalent de l’Executive Producer anglo-saxon). Il est par définition "invirable", il faut dire que sans lui le projet n’existerait pas. Demander à un Executive Producer de quitter le plateau ou la salle de montage car on jugerait que ses remarques sont inintéressantes, c’est s’exposer à quelques ennuis. Alors que c’est plus jouable si c’est à un Producteur Exécutif que l’on s’adresse.

On s’assurera de vérifier si le pays dans lequel on se trouve est régi par le droit d’auteur ou le copyright avant de brandir la menace de son droit au Final Cut. Le final cut précise qui aura le dernier mot! En France, notre droit d’auteur donne le mot de la fin, à la fois, au réalisateur, à l’auteur et au producteur. Autant dire que cela peut parfois entraîner des conversations interminables, mais toujours dans le -bon- intérêt de l’œuvre.

Aux Etats-Unis, pays du Copyright, "où le temps, c’est de l’argent", pas de discussion, c’est le producteur, le patron de studio, qui a le dernier mot ! C’est pour cette raison que l’on voit ressurgir des années après des versions avec la mention Director’s Cut. Les réalisateurs parfois frustrés par la version qui leur a été imposée décident de sortir la version qui aurait été la leur. Ce n’est pas souvent la meilleure, le rôle du producteur étant aussi artistique.

On tournera sept fois sa langue dans la bouche avant de parler de l’argent du contribuable. En anglais, le mot Tax signifie impôt, argent du contribuable.

 En France, quand on dit que le budget du CNC – Centre National du Cinéma et de l’Image Animée – 700 millions d’euros, est alimenté par des taxes, ne signifie pas que cela soit l’argent du contribuable. L’argent provient de taxes prélevées sur la distribution : taxe sur le prix des places de cinéma, taxe sur les services de télévision, taxe sur la VoD, et enfin une taxe prélevée sur les sanctions du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel. Cet argent est ensuite recyclé dans la création. Quant aux obligations d’investissement des chaînes publiques et privées, elles ne peuvent s’apparenter à des subventions. Ces investissements permettent de financer de nombreux films, films que les chaînes peuvent ensuite, diffuser, rediffuser à l’envie sur leurs antennes (1000 films environ chaque année, toutes chaînes confondues) et ainsi percevoir des revenus publicitaires non négligeables. Le modèle de financement du cinéma CNC n’est sans doute pas parfait mais c’est de loin le meilleur que l’on trouve sur le marché international, car c’est ce système qui garantit une certaine forme de diversité culturelle. "Transformers" c’est bien mais "Amour" ce n’est pas mal non plus. La taxe prélevée sur l’un contribue à faire exister l’autre.

On fera attention aussi à être précis quand on parlera de Film d’Auteur, Art House Movie en anglais.

En France, c’est un film avec un point de vue, un angle, une écriture, un film qui n’obéit qu’à une seule règle, celui d’être créatif. La majorité des 290 long-métrages, produits chaque année en France, répondent à cette qualification.

Aux Etats-Unis, les films d’auteurs sont les films qui ne sont ni des blockbusters, du type "Skyfall", ni des franchises comme "Fast and Furious" ; bref, des films non formatés qui n’ont pas pour ambition de plaire au plus grand nombre. Par définition, ils sont souvent produits par des sociétés de production indépendantes et avec moins d’argent. Moins de 10 millions de dollars. Ces films, de par leur propos, parviennent à attirer des acteurs de la A-List qui s’y sentent moins contraints que dans des films à 200 millions de dollars. Ils n’hésitent d’ailleurs pas à investir, et à devenir Executive Producer. "Cogan : Killing Them Softly" de Andrew Dominik, film hyperbole sur la crise des banques américaines de 2008, avec et co-produit par Brad Pitt, en est le parfait exemple.

On tiendra compte de certaines spécificités quand on se mettra à argumenter sur Rentabilité et sur le Box Office.

En France, on a du mal à parler d’argent, quand on en gagne beaucoup on préfère se taire, c’est culturel, c’est comme ça.

Aux Etats-Unis, on aime en parler, en gagner beaucoup et le dire. Les unités de mesure ont été adaptées à nos modes de pensées. Le nombre d’entrées en France, contre le nombre de dollars de recette aux Etats-Unis, on dit ici qu’un film a fait 6 millions c’est qu’il a réalisé 6 millions d’entrées en salle. On en reste là, quitte à donner le sentiment qu’en France l’exploitation d’un film se résume à la sortie en salle, alors que par définition les films voyagent (pas tous bien sûr) et sont aussi exploités en DVD et VoD. Aux Etats-Unis on parle "cash", et c’est bien évidemment en dollars que l’on mesure le succès d’un film. On communique aussi plus largement sur les succès et les ratés des films. Si un film fait 50 millions de dollars de recette, on précisera le découpage des revenus salles, du marché intérieur, du marché étranger, de la VoD, etc, etc… Question de transparence, et une manière aussi de montrer combien au delà de l’artistique, on est un bon entrepreneur ! Comme le disait Cogan à la fin du film : "America is not a country, that’s a business!" -L’Amérique n’est pas un pays, c’est une entreprise-.

On prendra quelques précautions quand on utilisera le mot : Jeune. Young en anglais. Comme le démontre l’âge moyen des premières productions, des premiers scénarii, des premiers films dans les pays anglo-saxons le mot Jeune est synonyme de : renouveau, de pari, de nouvelles écritures et aussi de succès. En France en revanche, le mot Jeune signifie : risque, inconnu, danger ! Les chaînes de télévision ont peur de l’inconnu, elles veulent collaborer avec des talents installés, des vedettes, même si cela coûte plus cher et qu’elles participent ainsi à faire flamber les prix. Le propos est à nuancer en fonction des chaînes, dont certaines font heureusement des paris parfois très osés.

Quant à ceux qui sont installés, ils redoutent de se faire voler "leur place" par les nouveaux venus sur le marché. Une façon de prendre le problème à l’envers puisque seuls les plus talentueux, et ceux qui sauront s’adapter, resteront. Jeunes ou vieux, ce n’est bien évidemment pas la question ! Un producteur français quadragénaire qui fait des cartons d’audience en prime time ironisait récemment en disant "qu’en France, le pays de grands crus, on est un jeune producteur très longtemps, jusqu’à 55/60 ans. Alors qu’aux Etats-Unis, au pays de l’obsession de la jeunesse, à 30 ans on est déjà un vieux producteur". En France on se rassurerait en "faisant du jeune avec des vieux". Heureusement que le CNC est là pour tenter de pallier à ce manque de prise de risque et participer ainsi à ce renouveau indispensable. Cela dit les Studios américains ont tendance à recycler les vieilles recettes, eux "font du neuf avec du vieux", en nous faisant croire que c’est inédit. On ne compte plus les remakes et les pre-quel de franchises, exit le magnifique Gatsby Redford, s’appelle désormais DiCaprio. Quant à la mention à Francis Scott Fitzgerald, elle a tout simplement disparu. Mais quoiqu’il en soit, les choses semblent mieux s’équilibrer au niveau de la pyramide des âges au pays de l’oncle Sam.

Aux Etats-Unis, quand on dit fièrement que l’on travaille dans l’Entertainement Industry, cela englobe le cinéma, la télévision et les jeux vidéos. Or en France, traduit en divertissement, cela se résume aux cases divertissement des chaînes de télévision (Emissions de Jeux, de Variétés, Télé-Réalité, etc), et cela devient honteux ! Comme si la culture ne pouvait être divertissante. La télévision se doit de nous proposer des programmes qui nous divertissent, mais aussi qui nous grandissent. Quand un programme parvient à faire les deux, alors c’est parfait ! Or c’est le manque de diversité et de choix, qui pose problème, quand c’est l’abrutissant qui devient la norme !

Quant au mot Industrie - Industry-, il est banni puisque Exception culturelle oblige, on fait de l’Art. Dommage de décorréler les deux car qui dit industrie, dit secteur économique, et qui dit secteur économique, dit emplois : 200 000. Alors mettons nous à parler industrie !

***

Pour conclure, on se souhaite que 2013 soit une année où l’on parlera de tout sans tabou, dans le but salutaire de faire avancer les choses. Vincent Maraval a initié ce mouvement. Les crises servent aussi à lancer des débats constructifs, qui visent à assainir le système. On évitera cependant les malentendus inutiles, qui font le bon jeu de ceux qui à grand renfort de fantasmes et de clichés veulent tout casser.

On s’assurera que les mots que l’on utilise ont le même sens pour soi, que pour celui à qui l’on s’adresse. La mondialisation a ça de bon qu’elle n’a pas supprimé les particularismes, y compris quand elle a bêtement décidé de donner le même nom à des choses totalement différentes !

Bonne année à tous.

Bye bye SeaFrance, bonjour My Ferry Link mais la partie n’est pas gagné

Retour en arrière 

Successeur de SeaFrance, My Ferry Link fête avec optimisme ses premiers mois d’activités commerciales. 2013 portera-t-elle chance à cette nouvelle compagnie recréée s0us le pavillon français?

Rescapés d’un capitalisme glouton et sans moralité, les salariés licenciés ont finalement créé une Scop. Cependant l’ex-SeaFrance peine à se remettre sur le marché transmanche en dépit du soutien financier d’Eurotunnel selon Libération.

Les Scop, Sociétés coopératives et participatives, désignent les entreprises à statut Scop (Société coopérative de production) et à statut Scic (Société coopérative d’intérêt collectif). Soumises à l’impératif de profitabilité comme toute entreprise, elles bénéficient d’une gouvernance démocratique et d’une répartition des résultats prioritairement affectée à la pérennité des emplois et du projet d’entreprise.

Fiers et heureux de représenter la France sur la Manche

My Ferry link est donc la seule société française  assurant la liaison maritime entre la France et la Grande-Bretagne, DFDS étant danoise et P&O  Britannique

Cette Scop a permis aux salariés désireux de sauver la société et leur emploi. Pour rester dans la région prés de ceux avec lesquels ils ont créé des liens affectifs et qu’ils ont appris à bien connaître, ces gens ont eu le courage d’investir leurs maigres économies, quitte à emprunter à leurs proches ou à des institutions financières. Tout cela dans le but de contribuer à la  relance d’une  société française à la dérive et finalement engloutie dans les tourbillons en 2011 .

Comment y sont-ils parvenus ? C’est probablement une longue histoire que seul les gens du Nord sont capables d’écrire. Toujours est-il que SeaFrance (ex Sealink) a bel et bien fait naufrage. L’équipage ainsi qu’ une bonne partie des 1400 salariés a été repêchée  avec l’aide d’ Eurotunnel. Ensemble, ils sont pets à relever le défi, convaincus que trois opérateurs sur la manche valent mieux  que deux.

 Battre la concurrence féroce sur et sous la Manche à tout prix! 

Quelles armes compte utiliser My Ferry Link pour relever le défi ? «D’abord, la qualité et le confort des navires, qui ont fait leurs preuves et ont été repeints et nettoyés», répond Jean-Michel Giguet. «Ensuite, et surtout, l’extrême motivation du personnel, constitué de 85% à 90% d’ex de SeaFrance. Et une gestion de proximité, avec une direction qui soutient plus qu’elle ne contrôle.»

Preuve du nouvel état d’esprit : le transfert du siège de Paris à Calais. Impossible, en revanche, d’utiliser l’arme low-cost qui «ne veut rien dire dans le maritime, car toutes les compagnies doivent partir du même port». Prix de la traversée : environ 50 euros.

Une traversée  gastronomique surprenante qui marque la différence 

De retour d’une  agape festive, le restaurant  « La Brasserie » repêchée de l’épave de l’ancien Rodin de Seafrance accueillait en ce début 2013  ses clients avec enthousiasme.

Le menu, bien que d’abord plutôt minimaliste qui, sans illustration n’attire tristement pas les papilles, s’avéra  surprenant.

A la carte, seulement trois entrées, 4 plats principaux et quelques desserts alléchant, une carte des vins typiquement française, noblesse oblige !

L’assiette de mer, servie par Jean  dans un cadre évocateur de certaines croisières de luxe sans bling bling était non seulement bien présentée mais très copieuse pour un simple hors d’œuvre : une sélection de poissons fumés, de saumon, scampi et grosses crevettes, accompagné de quelques toasts et d’une crème citronnée, délicieuse et légère.  Tout cela sur un lit de laitue fraîche et croustillante et servie avec un petit muscadet Sèvres et Maine sur Lie « les Donelières 2011 » sans prétention quoique parfait avec des fruits de mer  pour 6€ la demie bouteille.

Avertissement: Use it or loose it !

Amis francophiles, si vous avez l’intention de traverser la Manche, pourquoi ne pas essayer l’unique société de ferry française, occasion de commencer en style et à la française votre séjour ou voyage.   La brasserie de My Ferry Link ne vous décevra pas !

Bio et diversité, un mensonge édifiant!

Comment nourrit-on les gens de nos jours?Y a-t-il une alternative à la production intensive actuelle soumise aux impératifs chimiques des pesticides et autres insecticides ?

Sachant que la France importe plus de 60 % des fruits et légumes biologiques qu’elle consomme, d’où vient la nourriture que nous consommons ?

Le bio, un filon juteux pour "a quick buck" et l’Europe ne fait rien!

"Comme si les fraudes n’existaient pas, la réglementation européenne autorise désormais toutes les dérives" révèle Jérôme Canard dans le Canard Enchaîné du 22 août 2012. . En décembre, la police italienne a démantelé un énorme trafic de faux produits bio. Les margoulins, soupçonnés d’être liés à la mafia, avaient trouvé la combine: acheter en Roumanie des céréales et des fruits secs bon marché, transformés en produits bio grâce à de faux documents, et revendus quatre fois plus cher à des grossistes qui n’y voyaient que du feu. Neuf pays européens, dont la France, ont profité de ces marchandises pleines de pesticides, dûment étiquetées « bio ».
Depuis cinq ans que durait le trafic, des milliers de tonnes de faux produits bio auraient ainsi été écoulées pour un paquet d’oseille, au moins 220 millions d’euros. Parmi les fraudeurs, cinq dirigeants italiens d’entreprises agroalimentaires et ça ne s’invente pas – deux responsables d’organismes de certification censés contrôler la filière bio… Question : quelles quantités de céréales, pâtes alimentaires, farine de froment, raisins secs ou huile de tournesol faussement bio les consommateurs français ont-ils ingurgitées ? Huit mois après ce joli coup de filet, on n’en sait que pouic. Comme d’habitude, la Répression des fraudes, dont la mission est de traquer les tricheurs, est dans les choux. Incapable d’apporter la queue d’une précision. Au ministère de l’Agriculture, on parle de 7 000 tonnes importées en deux ans.

Mais, qu’on ne s’y trompe pas, la vraie menace qui pèse sur le bio, ce n’est pas la fraude mais une entourloupe parfaitement légale, et même encouragée par l’Europe : le bio « industriel ». Un oxymore inventé par de puissantes coopératives agricoles liées aux géants de l’agroalimentaire.

Une nouvelle réglementation, pondue par Bruxelles, a rendu possible cette dérive. Quand vous achetez votre poulet bio, vous n’imaginez pas un instant qu’il ait pu être élevé dans un poulailler de 25 600 places. C’est pourtant ce qu’autorise, depuis 2009, le logo « AB » revu par la Commission européenne. Et, du côté des pondeuses bio, il n’existe aucune limite de taille pour les ateliers.

Privilège du bio, les poulets profitent toutefois, dès leur âge adulte, d’un parcours extérieur où ils peuvent s’ébattre en journée sur… 40 cm2 chacun. Mais la promiscuité leur tape sur les nerfs, et ils sont souvent « ébecqués » pour ne pas s’étriper. Enfin, le poulet bio a désormais droit, une fois par an, à des antibiotiques et, sans aucune limite, aux traitements antiparasitaires.

La loi des marchés est-elle applicable aux denrées alimentaires ? Peut-on donc vraiment faire confiance aux plans de prévention et de contrôle européens mis en place afin de  protéger  les consommateurs contre les méfaits des OGM, les abus de pesticides et autres produits chimiques toxiques utilisés dans l’agricultures, les mal pratiques en tout genres, ainsi que l’industrie de la contrefaçon du médicament et maintenant du bio ?

 Poulet ou pigeon ? 

Jérôme Canard nous précise qu’autrefois, la réglementation imposait qu’au moins 40 % du menu des volailles soit cultivé dans la ferme. Aujourd’hui, l’éleveur bio n’a plus à se décarcasser pour faire pousser lui-même blé ou maïs : il peut acheter toute la pitance à l’extérieur. Exit, le sacro-saint « lien au sol »qui garantissait la traçabilité et une transparence sur le contenu de la gamelle.

Tout cela permet de faire du poulet bio en système « intégré », pour le plus grand bonheur des monstres coopératifs qui ont investi le créneau. Comme Terrena (4 milliards de chiffre d’affaires annuel) ou Maïsadour (1,2 milliard), filiale du géant suisse de l’agrochimie Syngenta. Simple exécutant,l’éleveur bio se contente d’engraisser en quatre-vingt-un jours des volailles qui ne lui appartiennent pas, nourries avec des aliments fournis par la coopérative. Comme son cousin industriel, le poulet estampillé « AB » se goinfre désormais de soja importé, certes bio, mais qui peut contenir jusqu’à 0,9 % d’OGM sans perdre son label. Un aliment hypercalorique moins cher que le maïs ou le blé. Sauf qu’en s’approvisionnant à bas coût sur les marchés internationaux on n’y voit pas toujours plus clair sur la qualité du produit. Il y a quatre ans, Terrena s’est fait refourguer par les Chinois 300 tonnes de tourteaux de soja bio contaminé à la mélamine…

La florissante industrie de l’agroalimentaire biologique (Le Monde Diplomatique)

"Des poulets élevés en batterie, des tomates en toute saison, des vergers où l’on exploite des ouvrières immigrées… Oui, mais « bio »! Ou comment un mouvement lancé par des militants soucieux de défendre la petite paysannerie tout en rejetant les logiques productivistes risque de s’échouer sur les têtes de gondole des supermarchés." (Philippe Baqué, février 2011)

En effet, pour approvisionner la grande distribution et la restauration collective,  les puissantes coopératives agricoles, liées aux grandes firmes de l’industrie agroalimentaire, se livrent désormais une concurrence farouche dans l’élevage de ces poulets au-dessus de tout soupçon. Elles profitent de la nouvelle réglementation européenne qui permet à un éleveur de produire jusqu’à soixante-quinze mille poulets de chair bio à l’année et ne limite pas la taille des élevages de poules pondeuses bio.

Le Bio ! oui, mais depuis quand? 

La notion d’agriculture biologique est née et s’est répandue en Europe en réaction à l’agriculture chimique et productiviste qui s’est généralisée après la seconde guerre mondiale. Au début des années 1960, un réseau de petits paysans producteurs de bio et de consommateurs crée Nature et Progrès. L’association attire une grande partie des populations urbaines qui décident, par conviction, de retourner à la terre et tisse des liens avec les différents mouvements écologiques et politiques, comme la mouvance antinucléaire et le syndicat Paysans-travailleurs dans les années 1970, puis la Confédération paysanne et les anti-OGM (organismes génétiquement modifiés) à partir des années 1990. Ce faisant, Nature et Progrès a intégré dans sa charte un certain nombre de principes : refus des produits de synthèse, traitements naturels, diversification et rotation des cultures, autonomie des exploitations, énergies renouvelables, défense de la petite paysannerie, biodiversité, semences paysannes, souveraineté alimentaire… Pour redonner du sens à la consommation et recréer des liens sociaux, la vente des produits biologiques est assurée par des marchés locaux, foires et groupements d’achat qui donneront naissance au réseau des Biocoop. La charte de Nature et Progrès a inspiré celle de la Fédération internationale des mouvements d’agriculture biologique (Ifoam), adoptée en 1972, qui associait aux critères agronomiques des objectifs écologiques, sociaux et humanistes.

La France importe plus de 60 % des fruits et légumes biologiques qu’elle consomme. ProNatura est le leader français de leur commercialisation dans les boutiques spécialisées et les supermarchés. En moins de dix ans, cette entreprise du sud-est de la France a multiplié son chiffre d’affaires par dix et absorbé quatre autres sociétés. Un quart de ses produits proviennent de France, mais le reste est importé d’Espagne (18 %), du Maroc (13 %), d’Italie (10 %) et d’une quarantaine d’autres pays. ProNatura est la première société à avoir commercialisé des fruits et légumes bio hors saison. Cela n’empêche pas son fondateur, M. Henri de Pazzis, de prôner le respect de la terre, de l’environnement, du paysan et du consommateur. Mais la loi dictée par les sociétés de la grande distribution est bien éloignée de ces principes.« Elles adoptent pour le bio les mêmes mécanismes d’achat destructeurs que pour le conventionnel, explique M. de Pazzis. Elles encouragent la concurrence de façon agressive. Certains de nos produits sont déréférencés car d’autres fournisseurs proposent des prix très inférieurs aux nôtres. » Dans cette guerre des prix, à laquelle ProNatura et les autres sociétés d’import-export ont choisi de participer, le social et le respect de l’environnement.

Biodiversité et traditions en péril car trop peu rentables! 

« Il existe des lois et des normes qui répriment le droit ancestral de reproduire les semences et qui nous empêchent de certifier ces variétés anciennes que nous avons sauvegardées. »

Bien loin de ces dérives de la bio industrielle, la petite coopérative agricole de La Verde, dans la sierra andalouse de Cadix, a été créée dans les années 1980 par des journaliers membres du SOC qui ont mené à la fin du franquisme des luttes sans concession pour obtenir des terres. Six familles y cultivent des légumes, des arbres fruitiers et élèvent quelques vaches et moutons sur quatorze hectares. Elles commercialisent toute leur production en Andalousie par le biais d’une autre coopérative, Pueblos Blancos, qui regroupe vingt-deux petits agriculteurs ou coopératives bio. « Nous avons été parmi les premiers à nous lancer dans l’agriculture biologique, explique M. Manolo Zapata.Elle était en accord avec l’agriculture de nos grands- et arrière-grands-parents et allait dans le sens de notre lutte. Si l’agriculture biologique ne sert pas à rétablir l’équité, la justice, l’autonomie, l’autosuffisance et la souveraineté alimentaire, elle n’a aucun sens. Et les certificateurs ne nous aident pas. Un agriculteur qui diversifie ses cultures et cultive plusieurs variétés sera plus lourdement taxé que celui qui ne fait que de la monoculture intensive. »

La réglementation européenne de l’agriculture biologique impose en effet d’utiliser des semences certifiées bio. Si elles n’existent pas, il faut recourir aux semences conventionnelles du marché. « Pour le moment, tout se passe à la limite de la légalité, mais si demain la vente de nos produits est interdite, on va nous obliger à cultiver avec des semences bio vendues par Monsanto.

SQP ayant épluché une petite partie de la presse est heureux de vous annoncer que, bien que le sujet soit énorme à digérer et que tout ne soit certes pas rose (le Canard Enchainé, Mediapart, Le Monde), il y a de l’espoir (Arte et le film de Marie-Monique Robin intitulée « Les moissons du futur » diffusé en octobre 2012, le blog Cdurable.info). Qu’ils soient journalistes spécialisés, exploitants agricoles, chercheurs, ils ont vu pour la plupart la lumière au bout du tunnel.

L’agro alimentaire prend le maquis !

Résistances au bio-business

En Colombie, en Bolivie, au Brésil, en Inde, en Italie, en France, des exemples comme celui-ci se multiplient… La résistance au bio-business s’organise sur toute la planète. De plus en plus de paysans, de communautés rurales et de petites coopératives de producteurs défendent une agriculture paysanne et des modes de culture agro-écologiques qui privilégient des exploitations à taille humaine respectueuses de la biodiversité et de la souveraineté alimentaire. Beaucoup refusent les certifications et pratiquent les systèmes participatifs de garantie fondés sur une relation d’échange et de confiance entre producteurs et consommateurs. Des réseaux de défense des semences paysannes se développent pour imposer le droit des paysans à produire et à commercialiser leurs propres semences.

En France, les Associations pour le maintien de l’agriculture paysanne (AMAP), qui mettent directement en relation producteurs et consommateurs sans passer par le marché, connaissent un tel engouement que la demande ne parvient pas à être satisfaite. L’association Terre de liens collecte avec succès des fonds solidaires pour permettre l’installation de jeunes agriculteurs en bio. Pour se démarquer de la réglementation européenne, la Fédération nationale d’agriculture biologique (FNAB) a créé une nouvelle marque : Bio Cohérence. Elle viendra en complément de la certification officielle en exigeant le respect d’un cahier des charges beaucoup plus rigoureux et l’adhésion à des principes inspirés de ceux adoptés par l’Ifoam en 1972. A l’écart de la réglementation, Nature et Progrès défend son cahier des charges garant d’une agriculture biologique paysanne.

L’intégration ou non des valeurs sociales et écologiques au sein des préoccupations des producteurs, des transformateurs et des consommateurs de la bio déterminera son avenir. Deviendra-t-elle un simple pan du marché soumis aux seuls intérêts du libéralisme économique ? Ou sera-t-elle encore porteuse d’une alternative à ce libéralisme ?

Selon un consensus scientifique, l’agroécologie serait bien plus en mesure de nourrir le monde et de répondre au défi du changement climatique que l’agriculture industrielle, qui semble avoir échoué sur ces deux fronts. D’ailleurs, près d’un milliard de personnes souffrent encore et toujours de la faim, malgré les énormes moyens déployés depuis plus de cinquante ans pour promouvoir le "super" modèle agrochimique. N’est-il pas étonnant que notre révolution technologique ait davantage favorisé le partage de l’information et de la propagande que celui de la nourriture et de l’eau?

Quelques faits édifiants

  • 925 millions : c’est le nombre de personnes sous-alimentées aujourd’hui dans le monde. Les trois quarts des personnes qui ne mangent pas à leur faim sont des agriculteurs et leurs familles.
  • En 2008, des émeutes de la faim ont éclaté aux quatre coins de la planète ; pourtant, la production était 50% supérieure aux besoins : la pénurie a été artificiellement créée par les intermédiaires et les spéculateurs.

Notre  qualité de vie et nos chances de survie sur cette planète sont remise en question en partie en conséquence de notre cupidité et manque de respect de notre environnement .

Si l’agriculture industrielle participe largement au réchauffement climatique, c’est notamment parce que ses adeptes utilisent des engrais et pesticides chimiques, fabriqués avec des énergies fossiles (gaz et pétrole), ainsi que des techniques qui consomment énormément d’énergie (mécanisation, irrigation, transports d’intrants, etc). Il est donc urgent de changer de cap !

Les 5 nouvelles plaies de l’agriculture

  • La dégradation des sols par l’agriculture productiviste. Au moins un tiers des terres agricoles mondiales, trop travaillées, sont exposées à une érosion prématurée, notamment par le ruissellement des eaux de pluie.
  • L’étalement urbain, qui réduit les terrains agricoles. Ces deux facteurs confondus – envahissement par les constructions, et pertes de fertilité – soustraient chaque année 8 à 9 millions d’hectares à l’agriculture mondiale.
  • L’augmentation du nombre d’événements catastrophiques, dont 90% sont d’origine directement climatique (canicules, inondations, tempêtes) : les mauvaises récoltes se multiplient.
  • L’élévation des températures moyennes et des périodes pluviométriques inhabituelles. On estime qu’entre 2000 et 2020, les terres arides ou semi-arides couvriront 60 à 90 millions d’hectares supplémentaires en Afrique subsaharienne.
  • Le niveau des océans va monter d’environ un mètre au cours du XXie siècle, gagnant directement des terres cultivables, mais aussi de grandes métropoles côtières dont une partie des habitants devront émigrer, avec d’incalculables conséquences en chaîne.
  • La soi-disant "révolution verte"…La voici bien mal nommée, car elle s’est caractérisée par la systématisation de solutions anti-écologiques : l’usage généralisé des engrais chimiques et des pesticides, la réduction de la diversité végétale au profit de variétés à hauts rendements, et le recours à l’irrigation qui tarit les ressources en eau.

et ses conséquences

  • L’utilisation d’intrants chimiques à base d’hydrocarbures rend l’agriculture industrielle responsable de 14 % des émissions globales de gaz à effet de serre. 70 % : c’est la part que prend pour l’instant l’agriculture dans les emplois humains de l’eau douce. pour nourrir une population plus importante, si on ne modifie pas les pratiques agricoles, le volume d’eau nécessaire devra augmenter de 70 % à 90 % d’ici à 2050, alors que les réserves sont déjà surexploitées…
  • Le lessivage des engrais par ruissellement est à la source de 69% des cas de pollution de l’eau relevés en France. Parmi les « externalités négatives » de l’agriculture industrielle, il faut également compter ses effets sur la santé des agriculteurs et des consommateurs. en 2008, à la demande du parlement européen, le rapport Bainley évaluait à 26 milliards d’euros par an les dépenses liées aux seuls cancers professionnels provoqués par les pesticides.

Tout cela sans parlé de la sur pêche qui met en danger non seulement les pays les plus pauvres de notre planète mais l’humanité en général

 

  •  … Des solutions ?

    La voie de l’agro écologie

    À l’inverse des idées reçues, l’agriculture industrielle ne produit que 30 % de l’alimentation mondiale. Moins soucieuse de ses ressources, et moins intensive en main d’œuvre, elle est en fait moins productive que l’agriculture familiale. on calcule en effet qu’elle obtient en moyenne 3 kilo-calories par kilo-calorie d’énergie investie, alors que ce rapport peut être dix fois supérieur dans de petites exploitations.

    C’est également le lobbying agricole industriel, lié aux producteurs d’intrants chimiques, qui propage l’idée qu’un passage à l’agriculture biologique aurait des effets catastrophiques. pourtant, la plupart des études scientifiques démontrent le contraire. en étudiant à l’échelle mondiale plusieurs centaines d’exploitations passées aux standards de l’agriculture durable, le chercheur anglais Jules pretty a trouvé en 2006 une progression moyenne de plus de 60% des productions à l’hectare.

    Les circuits courts

    En allongeant les chaînes de transformation et de distribution, en poussant à des achats inconsidérés, en appliquant aux produits agricoles des normes esthétiques, la dite « société de consommation » se caractérise par d’énormes gaspillages : 40 % des produits alimentaires disponibles dans les pays développés sont dilapidés.

    On parle de « circuits courts » pour caractériser des filières de distribution où un seul intermédiaire au maximum intervient entre producteur et consommateur : davantage de proximité spatiale et humaine, c’est plus de confiance dans le produit, et plus de conscience de sa valeur.

    Qui vivra verra ! Et pour vivre, il faut manger et boire. D’importantes décisions sont à prendre que tous et toutes pouvons influencer. Citoyens, à vous d’agir!

Elections américaines et conflits culturels: La dernière bourde linguistique présidentielle est-elle excusable?

Condescendance ou incompétence? Les faux-pas se suivent mais ne se ressemblent pas.

Suite à la ré-élection du Président Obama, la France a envoyé, comme le veut la bienséance,  un courrier de félicitations que Monsieur Hollande et son administration se sont empressés de rendre public, comme le veut la coutume.  Monsieur Sarkozy en avait fait de même lors de son arrivée à la Maison Blanche en 2007.

Tout ceci aurait été  parfaitement banal et passé sous silence si ce n’est que personne dans l’équipe des deux présidents n’ a pris le soin de consulter un anglophone pour s’assurer de la correction des formules de politesses de fin de lettres , formules si chères aux Français et si épineuses  à enseigner en FLE.

Ce nouveau faux-pas serait-il un simple manque d’application,de laxisme ou d’une volonté publique d’être différent des autres,  conforme à notre exception française? 

Il serait intéressant de se demander comment ce manque de protocole pourrait être interprété  par un Américain.

Depuis les années 80, l’enseignement des langues étrangères au Royaume-Uni a donné à la culture une place omniprésente.  On ne parle plus d’une langue comme simple outil de communication à la disposition de l’humain qui, tel un robot aurait mémorisé des milliers de mots et des centaines de règles de grammaire. On essaie désormais d’enseigner qu’une langue a aussi des codes sociaux présents à une multitude de niveaux dans  l’exercice de la communication orale et écrite  Certains sont visibles d’autres le sont moins. Or sans cette connaissance profonde du fonctionnement d’une langue, la communication risque d’être affectée, voire contre productive.   De tels codes sociaux ont été brillamment exploré par Barthes, Bourdieu, Todorov et d’autres penseurs, grands précurseurs de cette prise de conscience post-moderne d’une  dimension immensément sociale de la  communication.

Dorénavant , écoliers  collégiens, lycéens et étudiants  apprennent à maîtriser des leur plus tendre age, en autres des formules de politesse qui font partie intégrale d’un usage social de la langue, l’utilisation correcte du tutoiement et du vouvoiement, les différent registres de la langue, l’art de la conversation à la française etc.. . Evidemment, il semblerait que tout cela ait échappé à nos deux jeunes chef d’État.  Y-aurait-il donc au sein du pouvoir une règle invisible mais omniprésente qui permette à l’élite de jouir de libertés exceptionnelles, passe-droits républicains?

Ci-dessous les lettres de félicitation de nos deux présidents du vingt et unième siècle à leur homologue américain  Il est vraiment surprenant  qu’à l’ époque de l’utilisation des dictionnaires en ligne et de l’Internet, de telles erreurs aient pu être commises. Après tout,  quelques minutes de recherche sur Google révèlent une centaine de sites  à la disposition de l’internaute curieux et avide de ne pas se tromper.

Seriez-vous en mesure dans un premier temps d’ identifier l’erreur? 

La lettre intégrale de François Hollande :

La lettre intégrale de Nicolas Sarkozy :

Comme nous l’apprend Le Midi Libre : "C’est la formule de politesse, "Friendly, François Hollande", qui a tant amusé. Car ce "friendly", traduction un peu hâtive et littérale de l’"amicalement" français, est tout simplement impropre dans ce contexte, où il signifie "Sympathique, François Hollande".

La chanson française toujours présente et Damien Saez en est une preuve vivante

Boris Vian, Jacques Prévert, Barbara, Jacques Brel, Moustaki, Georges Brassens pour n’en citer que quelques-uns ont tous prouvé que  entre poésie,  philosophie et chanson à texte, les genres se mélangent subtilement. Quand un beau texte rencontre une belle musique et l’ensemble est  présenté par une âme exceptionnelle  qui sait nous en communiquer le sens et l’émotion, un véritable miracle  se produit.

Une parente proche qui vit à travers sa fille un chagrin d’amour a adoré ce texte de  Damien Saez qui semble donner une toute autre dimension à une émotion bien partagée. A déguster sans modération !

AUX ENCRES DES AMOURS

Toi tu dis «Fuis-moi, je te suis »
Moi je dis « Suis-moi, je te fuis »
Si cet écrit s’arrête ici
Nos amours, mélancolie

Devant la porte des adieux
Moi je soupire, toi tu souris
En secret mon cœur amoureux
Fais-moi l’amour mais sans le dire

Toi tu disais « on garde tout »
Les comédies virent au tragique
Si l’amour est un opéra
C’est parce qu’il doit rester comique

Pas de ces stupides béantes
Pour se montrer comment qu’on s’aime
Faut des sourires en déferlantes
Y’a trop d’amour dans les je t’aime

Aux encres des amours
Les navires se déchirent
On croit qu’on s’aimera toujours
Avant de voir l’autre partir
Avant de voir l’autre s’enfuir
Dans les bras d’un autre navire

Mon amour tu sais, j’ai beau fuir
Mon amour je t’aime moi

Toi tu dis «Fuis-moi, je te suis »
Moi je dis « Suis-moi, je te fuis »
Si nos destins c’est par ici
Oui nos sourires mélancolie

Si c’est notre dernier tango
Si c’est notre dernier soupir
Puis si c’est notre dernier mot
Fais-moi l’amour mais sans le dire

Toi tu disais « Prends garde à toi »
Y’a des couteaux dans nos sourires
Si l’amour est un opéra
Si se conjuguer c’est s’écrire

Que reste-t-il des imparfaits
De nos présents de nos futurs

Sous le Pont Neuf
Les corps de ceux
Qui recherchaient une aventure

Quand elle m’a crié la sentence,
Je crois que j’ai pas bien compris
Mes pulsassions pour l’incidence
Nos respirations en sursis

Ecrites aux encres des amours
Y’a des rasoirs sur les velours
Ici le pli de la tendresse
Nous rappelle à ceux qui nous laissent

Aux encres des amours
Mais nos amours ont jetées l’encre
On croit qu’on s’aimera toujours

Mais toujours en condoléance
S’écriront les derniers voyages
De ceux qui s’y sont vus trop grands
De ces navires gonflants la liste
Des disparus des océans

Aux encres des amours
Les navires se déchirent
On croit qu’on s’aimera toujours
Avant de voir l’autre partir
Avant de voir l’autre s’enfuir
Dans les bras d’un autre navire

Mon amour tu sais, j’ai beau fuir
Mon amour je t’aime à mourir
Mon amour je t’en prie
Reviens-moi

Toi qui sais faire de mes yeux des sanglots
Ici mon cœur en a dit trop
Puisque l’amour est un fardeau

Toi tu dis fuis moi je te suis
Et moi je suis triste sans toi
Et moi je suis là triste moi
Là tout seul dans mon opéra

Allez tues moi mon amour
Allez tues moi qu’on en finisse
Mets le couteau dans le velours
Allez fais-moi de ces sévices

Laisse-moi mourant sur le sol
Puisqu’il faut rendre l’âme au vol
Laisse-moi ivre mort d’amour
Pour s’aimer comme au dernier jour

Allez tues-moi mon amour
Allez tues moi qu’on en finisse
Mets le couteau dans le velours
Allez fais-moi de ces sévices
Allez tues-moi mon amour !
Oui mon amour
Allez tues-moi !
Oui mon amour
Allez tues-moi !
Allez tues-moi !

A vous de juger!

Au Royaume des détaxés

Adieu mademoiselle, bonjour madame

Les "mademoiselle" ont disparu  ainsi que le "nom de jeune fille" ou le "nom d’épouse". Banni des formulaires administratifs, selon une nouvelle circulaire des services du premier ministre publiée mardi 21 février.

Déjà plusieurs circulaires appelaient les administrations à éviter cet emploi depuis un certain temps, suite au soutien  de la Ministre de la solidarité et de la cohésion sociale Roselyne Bachelot  apporté aux associations féministes « Osez le féminisme » et « Chiennes de Garde ».C’est maintenant de rigueur. En effet, selon ces dernières  l’usage de « Mademoiselle » mettait en péril la solidarité et la cohésion sociale  dans le monde du travail. Il s’agit donc non seulement de supprimer « Mademoiselle » dans les documents administratifs mais aussi d’éradiquer son emploi dans la vie de tous les jours.

Féminofascisme ou parité justifiée ?

Les cases ‘mademoiselle, nom de jeune fille, nom patronymique, nom d’épouse et nom d’époux’"seront désormais  remplacées sur des formulaires administratifs par :

  1. "madame", pris comme l’équivalent de ‘monsieur’ pour les hommes qui ne préjuge pas du statut marital de ces derniers"
  2. "nom de famille" (dans le Code civil depuis une loi de 2002)
  3.  "nom d’usage".

Pourtant Coco Chanel, une féministe incontestée du siècle dernier doit se retourner dans sa tombe. Elle qui insistât toute sa vie  qu’on lui donne le titre de mademoiselle, n’y voyant au contraire qu’une source de fierté, d’indépendance et de respect.

 Tout comme elle, certaines femmes modernes apprécient en effet de se faire appeler « mademoiselle ».  Cela peut être considéré comme  flatteur,  renvoyant à  l’image de la jeune femme jolie, fraiche, séduisante. D’autres, un peu moins jeunes,  apprécient ce qu’elles considèrent comme une marque de politesse et de galanterie de la part de leur interlocuteur.

Vrai problème, fausse solution

Atout de séduction pour les plus de 40 ans, marque de féminité pour les plus jeunes, ce titre était-il le seul symptôme d’une inégalité homme-femme au sein de la société ?

Comme le rappelle justement Agoravox:

“Mme Bachelot oublie que « Monsieur » signifie « Mon Sieur » ou « Messire », c’est-à-dire « Mon Seigneur » et que « Madame » signifie « Ma Dame », c’est-à-dire « ma maîtresse » = « la femme de mon maître », du latin « domina ».

Ces dénominations remontent au Moyen Âge où elles étaient utilisées par les paysans ou manants lorsqu’ils s’adressaient au seigneur possesseur de la terre où ils travaillaient.

A l’âge classique, elles furent étendues plus globalement à l’ensemble des nobles et le titre de « Monsieur » fut spécifiquement utilisé pour désigner le frère aîné du roi. Puis, tout au long du XVIIIe siècle, le titre de « Monsieur » et « Madame » fut utilisé de plus en plus largement dans la bourgeoisie, afin de copier les usages de l’aristocratie.

La révolution de 1789 n’est pas finie

 Il y a donc dans ces dénominations de « Monsieur » et « Madame » une origine servile qui n’avait pas échappé aux révolutionnaires de 1789 qui voulurent en interdire l’usage et leur substituer les appellations de « citoyen » et « citoyenne ». Utilisé aussi en opposition au titre de « sujet » (du roi), ce terme de « citoyen » retirait aux civilités toute idée de soumission ou de hiérarchie.

La « Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen » adoptée le 26 août 1789 ne connaît ainsi que des « hommes libres et égaux en droits » appelés « citoyens » et non pas « messieurs dames »

 

Alors que le monde arabe et musulman est à l’index et que la condition de la femme dans ces pays est unanimement critiquée par un ouest bien pensant et donneur de leçon de démocratie, ne serait-il pas plus utile d’essayer de trouver des solutions intelligentes à de vrais problèmes sociaux et sociétaux qui pourrissent non seulement notre vie mais aussi l’avenir de nos enfants?

 

Violation de sépulture ? La Dame aux camélias exhumée par Franz Castorf au théâtre de l’Odéon à Paris

Prélude

Dix  francophiles britanniques non seulement érudits mais aussi  ouverts d’esprit   et en quête d’un plus de culture française viennent de vivre une aventure qu’ils ne sont pas prêts d’oublier.

Ce qui ne devait être qu’une simple sortie culturelle ce samedi 7 janvier à Paris s’est terminé par une séance délirante de psychanalyse de groupe autour d’une table à l’intérieur du café Le Buci.

Tout a commencé en septembre quand ils ont décidé de se rendre en groupe à Paris en début janvier pour le temps d’un long weekend. Objectifs: voir une pièce de théâtre typiquement  française, jouée par des acteurs professionnels et de renommé dans un théâtre de la capitale et en profiter pour se faire quelques expositions temporaires intéressantes du moment.

Le Petit Prince de la Comédie Française, pièce alléchante pour le groupe  étant complet, la Dame aux camélias alors à l’affiche de l’Odéon attira leur attention. Après tout son auteur Alexandre Dumas fils, certes moins connu que son père  et   ses Trois Mousquetaires, aura été immortalisé grâce à  cette pièce de théâtre que  l’opéra de Verdi La Traviata  rendra célèbre dans le monde entier. Bien que l’histoire soit quelque peu connue, tous s’empressèrent d’acheter le livre afin de se familiariser avec le texte.

Jusqu’ici tout allait bien.

Malencontreusement ou commodément, personne ne songea à rechercher sur Google qui était ce Franz  Castorf, metteur en scène de la pièce. Le théâtre de l’odéon étant un des cinq théâtres français les plus prestigieux, sans être particulièrement naïfs, étant conscients que  l’histoire artistique française est ponctuée de disputes plus ou moins féroces,  rien ne nous laissait penser qu’un spectacle aussi libertaire puisse  y être joué.

Une quinzaine de jours avant la représentation, l’odéon nous envoie par courriel un document pédagogique de 50 pages  remarquable. Avec le premier indice précurseur de ce qui nous attendait: La Dame aux camélias- Création.

Cet ajout "création"  suivit de l’introduction ci-dessous nous mirent  la puce à l’oreille.

Pour ré-explorer la figure de la Dame aux camélias, Frank Castorf est retourné à la source, il a choisi de travailler à partir du roman ; première version de l’histoire avant même sa réécriture en 1852 pour l’adapter à la scène » .

L’auteur de ce dernier, visant à préparer  le public à l’adaptation-création dite "sulfureuse" de Castorf, prend alors grand soin de nous plonger dans une analyse minutieuse et intelligente passant en revue le destin du livre du même nom, le contexte politique et social  de l’époque ainsi que le cheminement intellectuel du metteur en scène. Cheminement qui justifierait  sa réinterprétation  à travers  ses auteurs, dramaturges  et cinéastes fétiches: George Bataille, Roland Barthes, Heiner Muller , Klossowski, Dostoïevski, Boulgakov, Tennessee Williams, Eugene O’Neil, Sartre et Ibsen  Wadji Maouwad et les nouveaux vaguistes comme Jean-luc Godard.

Selon ce même document, le metteur en scène  prétendrait avoir fait le deuil du théâtre politique qui le rendra célèbre en Allemagne et dans le monde au profit  du théâtre d’actualité.  A la recherche d’idées nouvelles, Castorf semble avoir  ajouté à son répertoire d’influences artistiques  Guy Debord et sa société du spectacle dont on parle à nouveau et qui est au gout de jour.

Ayant lu l’intégralité de cette excellente compilation de textes d’auteurs,  il était clair que son adaptation risquait d’exploser le texte original. L’ambition de Castorf est de  mélanger  textures,  genres  et  perspectives intellectuelles. Au menu, une sorte de  voyage international dans le texte original en passant par la vie des Dumas, traversant  les mœurs et la pensée de l’époque,  tout en rencontrant au fil du voyage des personnages plus saugrenus les uns que les autres ayant analysé et revu le texte ainsi que les thèmes présents dans le roman.   Quelle ambition et quel défi !

Comment allait-il  réinventer l’histoire de la Dame aux camélias à travers ces nombreuses interprétations textuelles? Quelle approche allait-il  adopter pour traduire ce collage rocambolesque sur scène?    Tout cela semblait néanmoins fascinant. Après tout, une des missions de l’art n’est-elle pas de revisiter l’ancien  pour lui donner un sens nouveau? Bref, tout s’annonçait bien et nous  attendions avec enthousiasme  un travail de déconstruction et de reconstruction subtile et intelligente.

Extraits du document pédagogique :

Alexandre Dumas fils en 1848 écrivait dans le roman précurseur de la pièce :

« Marguerite assistait à toutes les premières représentations et passait toutes ses soirées au spectacle ou au bal. Chaque fois que l’on jouait une pièce nouvelle, on était sûr de l’y voir, avec trois choses qui ne la quittaient jamais, et qui occupaient toujours le devant de sa loge de rez-de-chaussée : sa lorgnette, un sac de bonbons et un bouquet de camélias. Pendant vingt-cinq jours du mois, les camélias étaient blancs, et pendant cinq ils étaient rouges ; on n’a jamais su la raison de cette variété de couleurs, que je signale sans pouvoir l’expliquer, et que les habitués des théâtres où elle allait le plus fréquemment et ses amis avaient remarquée comme moi.

On n’avait jamais vu à Marguerite d’autres fleurs que des camélias. Aussi chez Mme Barjon, sa fleuriste, avait-on fini par la surnommer la Dame aux camélias, et ce surnom lui était resté.

Je savais en outre, comme tous ceux qui vivent dans un certain monde, à Paris, que Marguerite avait été la maîtresse des jeunes gens les plus élégants, qu’elle le disait hautement, et qu’eux-mêmes s’en vantaient, ce qui prouvait qu’amants et maîtresse étaient contents l’un de l’autre.

 Parlant de la déception sentimentale et du désir de vengeance Heiner Muller écrivait en 1982

« Avec les dents de mes chiens je veux arracher de ta chair souillé la trace de mes larmes, ma sueur, me cris de plaisir. Avec les lames de leurs griffes tailler dans ta peau ma robe de mariée. Ton haleine, qui a le goût des cadavres des rois, la traduire dans la langue du tourment qui est l’apanage des esclaves. Je veux manger ton sexe et engendrer un tigre qui dévore le temps dont les horloges battent mon cœur vide traversé par les pluies tropiques. »

 Je ne mettrai pas dans cette critique l’extrait de George Bataille tiré de l’histoire de l’œil pas par pudeur mais par crainte d’offenser nos jeunes lecteurs  les encourageant toutefois  à faire des recherches sur cet auteur qui ne manque pas d’intérêt.

La pièce: le sens? Quel sens?

Ce que nous avons vu, nous a laissé  perplexes  et abasourdis.

Le décor et les costumes sont très réussis et la présence d’animaux sur scène ajoute au réalisme à la pièce.

Le jeu des acteurs est titanesque. On leur demande l’impossible et ils le livrent corps et âmes  perdus au risque de perdre leur vie.

Seule critique, la diction de la déclamation des textes semblent pour la plupart artificielle et forcée, fatiguant l’oreille après quelques heures.   Nous sommes, en Angleterre, habitués à La Méthode  qui, nous le savons, est souvent montrée comme une technique de jeu particulièrement  naturaliste en opposition à un jeu plus figuratif que favorisent traditionnellement les acteurs français.

Il nous a aussi semblé que l’objectif primaire de Castorf n’était pas d’exposer avec violence et pertinence et sans pudeur les contrastes sociaux, la  pauvreté, la dépravation de l’époque et des moeurs mais plutôt de se venger d’un public qu’il méprise, de le bouleverser, de le tourmenter en cassant brutalement et bruyamment dans la première partie du spectacle des repères et marqueurs sociaux probablement considérés trop bobos pour le metteur en scène. Mettre en scène  la  perversion et le sadomasochisme de l’homme et de la femme, y ajouter un peu d’humour et de sexe pour relever le tout en perdant le spectateur dans une jungle de références culturelles est-il une recette à succès ou une manière de frimer?  Nous supposons que le succès n’est pas ce que recherche Castorf. En tout cas, il a certainement réussi  à perturber un groupe issu du New Bloomsbury set et habitué à être bousculé intellectuellement et pour qui le théâtre français a perdu un peu de sa gloire. Heureusement, il  reste encore  en France quelques formes artistiques dignes de figurer dans l’immense patrimoine culturel national et international. Quel soulagement!

"La salle s’est vidée, jamais vu le Théâtre de l’Odéon aussi vide. A la fin nous n’étions plus qu’une quinzaine au balcon. A s’accrocher pour tenir. La balustrade s’en souviendra de nos ongles dans le bois pour ne pas quitter la salle. Chemin de croix, durée: 3h45. Je défie quiconque d’aimer ce spectacle sans que ce soit une posture. Et je les attends les critiques, celles des intellectuels qui sauront m’expliquer le pourquoi de ce grand déballage de vacuité. Faites quelque chose. Sauvez Castorf, sauvez sa Dame aux camélias! Rendez-moi mon amour. Donnez-moi la preuve que je me trompe. Réanimez-moi." écrit sOlenn sur son blog en réponse à ScèneWeb.Fr.  Allez y jeter un coup d’oeil, cela en vaut la peine.

Quand à Télérama qui généralement aime en décalage , voici ce qu’ils en pensent:

"Le choc des textes, des images et de “La Traviata” produit des trouvailles loufoques. Mais c’est malheureusement la surcharge qui domine le plus souvent, dans un chaos trash où l’on ne comprend pas grand- chose. Ça ne décoiffe pas et ça ennuie beaucoup, même si Jeanne Balibar, en personnage multiple et énigmatique, donne avec liberté et audace toutes les couleurs de sa palette."

J’attends la critique individuelle de chaque membre du groupe que je posterai plus tard.

Pour ceux qui serait tentés par ce spectacle qui se joue en ce moment à Paris, SQP conseille vivement de lire attentivement non seulement le document pédagogique mais aussi cet article publié dans le New York Times.

Voici la première critique du groupe:

Last week I joined a group of friends on a cultural trip toParis, bag in hand with a long list of things to do and places to visit within 48 hours.

Everything was fine but I was not prepared for our trip to the world famous ‘Odeon’ theatre to see the premiere of the Alexandre Dumas play ‘La Dame aux Camelias’.

Having seen the opera ‘La Traviata’ on which it was supposed to be loosely based I thought I had a vague idea of the plot but witnessed something quite different.

I asked myself…..was I too naive? too ‘english’ ? too bourgeoise? I felt a little uncomfortable but I am sure that was what the director Frank Castorf wanted me to feel. I am not a prude, but I was subjected to nudity, necrophilia , actors trying too hard forcing their lines.

I couldn’t help feeling that it was like watching a David Lynch film which you could never understand as you were going nowhere without any direction.

The play took you to the edge and that was where you stayed always a spectator looking in from the outside but never quite understanding.

However amongst all the chaos the production was compulsive and I was keen to sit the second half but somehow another two hours of yelping women and cross dressed Andre made me think twice.

At the beginning I could understand the symbolisim depicting the courtesan women nothing more then ‘hens in a coup" but that was soon lost.

I loved the sets and the costumes but alas by the first half I had had enough.

I am really glad I went to see this play………sometimes it is important  to come out of your comfort zone!